27/03/2009

van GOGH le Géant

Vincent Willem van GOGH naquit le 30 mars 1853, à Groot-Zundert, en Hollande, où son père officiait comme pasteur. Après une enfance vécue en famille, il devint commis dans la Galerie d’Art Goupil à la Haye, où pendant deux ans, on l’employa à emballer et déballer des tableaux, et des livres. Il commença alors à entretenir une correspondance durable et précise avec son jeune frère Théo, pour lui raconter ses peines et ses joies, et pour lui donner une description rigoureuse de ses premiers tableaux et dessins.

En mai 1873, on le muta dans la succursale de Londres. Son séjour anglais ne fut qu’une suite de déceptions. Un chagrin d’amour, ainsi qu’une mésentente avec son chef hiérarchique, au sujet de sa méthode commerciale, le plongèrent dans une dépression nerveuse. Ce jeune homme grave de vingt deux ans quitta alors Londres pour découvrir Paris, en qualité d’employé de la même galerie. Son séjour parisien d’une année le vit visiter tous les musées, tandis qu’il dévorait de nombreux livres, pour recevoir les influences qui seraient plus tard décisives dans son art.

Dans sa chambre à Montmartre, il étudia la Bible, pour soulager sa conscience torturée par le sentiment de sa médiocrité. Sa sensibilité religieuse exprima alors une foi brûlante qui tourna au fanatisme.

 

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van GOGH à 19 ans.

 

En 1876, van GOGH quitta la capitale française, et retrouva la Hollande pour étudier durant quelques mois la théologie à Amsterdam. Après quoi, il accepta un emploi d’apprenti dans une librairie. Mais son essai d’embrasser une profession bourgeoise ne fut que de courte durée, puisque son caractère insociable le poussa à quitter son travail.

Il partit alors en Belgique, et développa sa vocation religieuse en entrant à l’Ecole Evangélique Missionnaire de Bruxelles. Trois mois plus tard, il s’installa dans le Borinage où il espérait travailler l’esprit d’un christianisme positif, parmi les familles misérables représentées par les mineurs belges. Il partagea leur vie difficile, s’occupa des malades, prit soin des malheureux, et ne s’accorda aucun jour de repos.

 

van GOGH commença alors ses premiers dessins d’après nature, en s’inspirant de MILLET. Malade, il retrouva sa famille installée à Etten, et se remit à dessiner et à peindre l’existence des mineurs. Jusqu’en 1885, il réalisa une œuvre considérable qui représentait le côté humanitaire et sensible de sa nature. Les humbles demeurèrent durant toute sa courte existence ses modèle préférés.

Il peignit alors des paysans, ou des tisserands, en grand nombre. Ses multiples portraits d’hommes rudes et moroses, comme « Les mangeurs de pommes de terre », exprimèrent alors une tristesse intense qui apparut même dans ses paysages, ou dans ses compositions florales. Ses couleurs sombres et mornes du moment ne laissaient en rien présager la lumière de ses œuvres ultérieures. Son réalisme d’alors représenta la vie rurale comme une existence noire, sans aucune perspective de bonheur à l’horizon.

 

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Le Moulin de la Galette, 1886.
Huile/toile, 61 x 50 cm.

 

En 1885, après la mort de son père, il effectua un séjour de trois mois à Anvers, durant lequel il travailla à l’Académie, ainsi qu’à l’Ecole de Dessin. Son frère Théo, devenu entre-temps directeur de la Galerie Goupil à Paris, lui assura les moyens de subvenir à ses modestes besoins. van GOGH commença alors à éclaircir sa palette, en goûtant à la gaieté de la vie flamande. Ses visites au Musée des Beaux-Arts, et sa découverte des estampes japonaises chez un marchand flamand, provoquèrent en lui un revirement décisif. Il en acheta quelques unes, et les suspendit dans sa chambre. Les coloris clairs de ces gravures sur bois le séduisirent tellement qu’il restait assis pendant des heures pour les admirer.

 

Un monde nouveau s’ouvrit à lui, plus lumineux, et dont l’intimité et la cohésion fascinèrent son esprit. Sa décision prise, il rejoignit rapidement Paris, pour retrouver son frère Théo. Sa découverte des Impressionnistes le frappa vivement. Il décida de parfaire ses connaissances et sa technique, et sur les conseils de son frère, entra à l’Atelier CORMON en juillet 1886. Là, il peignit comme un forcené, des natures mortes de fleurs, des scènes de rue et des portraits. Son coup de pinceau s’allégea, et sa palette s’éclaircit de plus en plus. Et sous la double influence des Impressionnistes et des estampes japonaises, il révolutionna son art personnel.

Il transposa à l’huile le « Pont sous la pluie » d’HIROSHIGE, en partageant les mêmes convictions que TOULOUSE-LAUTREC qu’il venait de rencontrer.

Il créa des paysages ensoleillés par des tons clairs et vibrants, et durant une vingtaine de mois, réalisa plus de deux cents tableaux, selon la technique Impressionniste qu’il expérimenta jusqu’au Pointillisme. Il rencontra alors GAUGUIN, et son vieux malaise le reprit. Fatigué de la vie parisienne, il partit pour Arles en février 1888, sur les conseils de TOULOUSE-LAUTREC qui lui avait assuré qu’il pourrait découvrir là-bas une lumière nouvelle.

 

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Bords de Seine, 1887.
Huile/toile, 32 x 46 cm.

 

van GOGH révéla alors tout son génie devant les frais paysages printaniers de la Provence. Il travailla comme un enragé, peignant même la nuit. La beauté des femmes méridionales, l’insouciance des hommes à l’heure de l’absinthe, et la splendeur de cette lumière ardente qui baignait le paysage, l’enchantèrent. Il découvrit les tournesols qui devinrent ses fleurs préférées, et qu’il déclina en plusieurs tableaux.

Les théories parisiennes de l’Impressionnisme lui apparurent dès lors comme des constructions artificielles, au regard de l’opulence imposante de la nature qui l’environnait. Il désirait fixer la vie dans son mouvement, et dans toute sa fraîcheur, comme il la percevait.

Il s’épuisa au travail, réalisant des centaines de tableaux, et de dessins exécutés à la plume de roseau. La faim le tortura souvent, et il souffrit d’hallucinations. La pensée de la mort le hanta. Il ne parvint pas à vendre ses tableaux, alors qu’à Paris, les Impressionnistes obtenaient maintenant de beaux succès.

van GOGH n’était plus des leurs, il était devenu un inconnu dont la peinture ne correspondait pas aux normes officielles du moment. Dans sa solitude, il invita alors GAUGUIN à venir le rejoindre en Arles. Mais la cohabitation s’avéra désastreuse. Leurs caractères étaient diamétralement opposés, et leurs goûts différents provoquèrent des heurts fréquents.

 

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La Seine et le Pont de Clichy, 1887.
Huile/toile, 50 x 60 cm.

 

La veille de Noël, après une violente dispute, van GOGH lança un verre à la tête de GAUGUIN qui heureusement s’en tira avec une blessure superficielle. Mais le lendemain, van GOGH qui avait suivi secrètement GAUGUIN dans sa promenade, se trancha l’oreille avec un rasoir, lorsque ce dernier se retourna pour lui faire face. van GOGH enveloppa alors son oreille coupée dans un mouchoir, et la déposa durant la nuit dans une maison close. A la suite de cet incident, GAUGUIN décida de quitter Arles.

Le 8 mai 1889, van GOGH fut interné avec son consentement à l’Institut Saint Pol de Mausole, à Saint-Rémy-de-Provence, où on lui attribua une chambre supplémentaire en guise d’atelier. Entouré de fous, il peignit plus de trente cinq tableaux, et produisit des centaines de dessins représentant les oliveraies, le fauchage des blés, ou les Alpilles.

 

Les troubles de son esprit devinrent plus fréquents, mais sa puissance créatrice demeura intacte. Sa peinture évolua alors vers le Néo-Impressionnisme, en ne reflétant plus l’éclat du soleil, et les couleurs de sa palette s’assombrirent. Son coup de pinceau moins équilibré devint plus large, et d’une audace inouïe. Il copia même les grands maîtres comme MILLET, REMBRANDT ou DELACROIX.

Son esprit demeurait altéré par sa folie étrange, et le 17 mai 1890, son frère Théo qui ne l’avait jamais abandonné, le fit transférer, sur les conseils de PISSARRO, dans la clinique du Docteur Gachet à Auvers-sur-Oise, afin que ce dernier « l’examine et l’observe à fond ». Là, l’atmosphère conviviale agit sur lui d’une manière bienfaisante. Il recommença à peindre avec enthousiasme dans les paysages alentour.

Ainsi naquirent les « Grands champs ondulés », ou des portraits comme celui du Docteur Gachet, ou de sa fille. Sa dernière composition fut un « Champ de blé aux corbeaux », ces corbeaux qui lui donnèrent l’idée d’emprunter un revolver, car il voulait, mentit-il, en abattre quelques uns. Alors, dans un moment de liberté au cours duquel on ne le surveillait pas, il se rendit dans le champ indiqué, et s’appuya contre un arbre, pour se tirer une balle dans la poitrine.

 

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Le Canal de Vigueirat au Pont de Gleize, 1888.
Huile/toile, 46 x 49 cm.

 

van GOGH rentra ensanglanté à l’auberge où il prenait maintenant pension depuis qu’il avait quitté le Docteur Gachet pour mésentente, pour agoniser durant deux jours, dans les bras de Théo arrivé rapidement sur les lieux.

Et c’est ainsi que, celui qui fut le précurseur des Fauves et des Expressionnistes, mourut le 29 juillet 1890, à l’âge de trente sept ans, après cette longue misère morale durant laquelle il ne vendit qu’un seul tableau, les Vignes Rouges.

Il demeure l’un des trois grands maîtres qui, malgré les plus dures privations, et au travers de nombreuses années de désespoir, opposa à l’Académisme figé du 19ème siècle, et avec une énergie et une opiniâtreté surhumaines, un art nouveau issu de la vie véritable, et puisé dans sa beauté profonde. Sa disparition n'entraîna pas la naissance d’artistes à même de peindre dans son esprit, et selon ses préceptes. Mais son art exerça ensuite une influence déterminante sur les Mouvements qui suivirent.

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Alain VERMONT

 

 


17:46 Écrit par L'Art Pluriel dans 4 -- PEINTURE : EVOLUTION DES ARTISTES | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : van gogh, impressionnisme, tableaux de van gogh |  Imprimer | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook |