20/02/2010

MONDRIAN le Rigoureux

Maître théoricien du Néoplasticisme, Pieter Cornelis Mondriaan, dit Piet MONDRIAN, naquit le 7 mars 1872 à Amersfoort, aux Pays-Bas, dans une famille calviniste rigoureuse, encadrée par un père instituteur qui destinait son fils à l’enseignement.

A l’âge de vingt ans, et après avoir obtenu deux diplômes d’enseignement du dessin, MONDRIAN fit son entrée à l’Académie d’Amsterdam, pour devenir un élève appliqué. Il peignit alors des paysages en plein air, et donna des cours de dessin, ou vendit des copies exécutées d’après les peintures des musées, pour gagner sa vie. En 1901, il effectua un voyage en Espagne en compagnie de Simon MARIS. Et jusqu’en 1908, il composa des tableaux paysagistes représentant sa Hollande natale.

 

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A cette date, il rencontra TOOROP à Domburg, et se laissa influencer par la pratique du Divisionnisme, et par l’emploi de couleurs claires. Dans sa recherche d’une technique personnelle, il créa une peinture diverse où se retrouvaient le Divisionnisme et le Pré-Fauvisme. Son intérêt pour la théosophie le fit adhérer en 1909 à la Société de Théosophie dont les principes lui fournirent la base de sa propre doctrine plastique. En effet, s’éloignant de la nature, il rejeta la dominante verte de celle-ci, pour n’exploiter que les trois couleurs primaires représentées par le rouge, le jaune et le bleu.

En décembre 1911, il s’installa à Paris où il demeura jusqu’en 1914. A quarante ans, et au contact du Cubisme qu’il découvrit dans la capitale française en 1912, MONDRIAN se métamorphosa pour créer la série des « Arbres », avant de traiter le thème des « Echafaudages » ou des « Cathédrales ». Indéniablement influencé par le Cubisme qu’il exploita jusque dans ses ultimes conséquences, MONDRIAN entraîna son art vers l’Abstraction Radicale, quand il constata que, malgré leur audace, les Oeuvres Cubistes restaient attachées à des valeurs plastiques du passé, en s’appuyant sur la représentation de l’objet. Il s’orienta alors vers une désintégration de ce dernier, pour aboutir à sa destruction totale en composant une peinture où ne subsistaient plus que des éléments purement plastiques, comme des lignes, des couleurs et des proportions qui oublient la réalité objective.

 

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Dans cette période parisienne, les lignes se réduisirent progressivement à des traits horizontaux et verticaux animés seulement par le rouge, le jaune et le bleu. Il séjourna en Hollande durant les quatre années de la première guerre mondiale. Et dans les thèmes de la « Mer » et des « Façades », il construisit des toiles faites de petits traits horizontaux et verticaux qui devinrent alors la dernière étape avant la mise en œuvre du Néoplasticisme. Il rencontra alors en 1915 le peintre Théo VAN DOESBURG qui, partageant ses théories picturales dans un premier temps, l’invita à fonder le groupe « De Stijl », ainsi que la revue du même nom dont le premier numéro parut en octobre 1917.

Jusqu’en 1924, MONDRIAN rédigea de nombreux essais pour définir les buts du Néoplasticisme. De 1917 à 1919 ses tableaux représentèrent la mise en application de ce qu’il nommait les « Plans de couleurs ». Les compositions « flottaient » alors dans l’espace de la toile, pour s’organiser ensuite en damiers après 1919, répondant ainsi à ses investigations critiques sur le Cubisme, et à ses recherches sur le Néoplasticisme.

Son goût du principe unique, et de l’absolu, peut se comparer à celui de KANDINSKY, mais alors que l’artiste russe établit un parallèle certain entre la naissance d’un tableau et la création du cosmos, MONDRIAN, créa une alchimie moderne dans sa peinture, en soumettant obstinément les formes changeantes de la nature au feu dévorant de l’analyse.

Il reprit sans cesse le même thème, jusqu’à l’obtention de signes originels sur lesquels se fonde toute réalité, après que toutes les contingences en aient été retirées, pour aboutir à une impersonnalité qui certifie la valeur universelle. En réduisant sa palette aux trois couleurs primaires déposées strictement en aplats, MONDRIAN exprima sa rébellion face aux émotions « impures » qui s’attachaient à la couleur en lui conférant un pouvoir de séduction. Il rejeta également l’intérêt de la courbe pour la sentimentalité trouble qu’elle dégageait, et lui préféra le système orthogonal qui engendre tout schéma constructif.

 

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Après un voyage à Paris en 1919, il publia « Le Néoplasticisme » qui représente un exposé doctrinal de l’ensemble de ses théories plastiques et philosophiques. En 1920, la définition de son langage plastique exprima la réalité de ses théories : les plans de couleurs, rectangulaires, se limitaient aux trois couleurs primaires, et à trois non couleurs que sont le blanc, le gris et le noir, pour être reliés entre eux par des lignes noires. A l’exemple du tableau créé en 1921 « Composition avec rouge, jaune et bleu » et dans lequel la construction géométrique fut réalisée par des lignes verticales et horizontale noires et larges qui se coupent à angle droit, en donnant vie à une mise en balance de carrés rouges, jaunes et bleus, et de carrés faits de non-couleur allant du blanc au gris.

Il reproduisit alors la doctrine de la théosophie qui classe au plus bas de l’échelle des valeurs la représentation réelle de la nature. Dans toutes ses compositions, le vert fut exclu. Jamais si peu de moyens furent mis au service d’une cause aussi exigeante.

Les théories de MONDRIAN expriment des impératifs plastiques précis :

« 1°) La surface de la matière sera lisse et brillante, ce qui diminue en outre la lourdeur de la matière. Nous trouvons ici l’Art Néoplastique en accord avec l’hygiène qui exige également des surfaces lisses facilement nettoyables.

2°) La couleur naturelle de la matière doit elle aussi disparaître, et autant que cela sera possible sous une couche de couleur pure, ou de non-couleur.

3°) Non seulement la matière, en tant que moyen plastique, sera dénaturalisée, mais aussi la composition architecturale. Par une opposition neutralisante et annihilante, la structure naturelle sera réduite à rien. Et l’homme ? Rien en lui-même, il ne sera qu’une partie du tout, et c’est alors qu’ayant perdu la vanité de sa mesquine et petite individualité, il sera heureux dans cet Eden qu’il aura créé ! ».

 

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Le « fanatisme » singulier de MONDRIAN lui fit concevoir le Néoplasticisme comme une étape de la négation de l’Art, et de son intégration dans un nouveau mode de vie extrêmement autoritaire. Son éducation calviniste rigoureuse transparut alors dans sa philosophie de l’existence, et il soumit sa propre vie aux mêmes rigueurs. Ses ateliers étaient minutieusement ordonnés, et leur propreté rejoignait l’hygiène d’un hôpital.

Après un second voyage à Paris pour une exposition qui passa inaperçue en 1923, avec le groupe « De Stijl », il influença par sa manière, les principes du Bauhaus en ce qui concerne la fusion de l’Art dans le cadre de vie, et la discipline qui en découle. En 1926, ses œuvres furent exposées aux Etats-Unis dans une exposition itinérante, et en 1930 il apporta sa participation au mouvement « Cercle et Carré », avant de s’intéresser aux activités du groupe « Abstraction Création » en 1931. Après 1925, les lignes noires qui reliaient ou séparaient les surfaces colorées de ses tableaux, exprimèrent des épaisseurs différentes. En 1926, naquirent les premières toiles en forme de losange. Deux ans plus tard, les rectangles de ses tableaux devinrent beaucoup plus grands. Ses compositions ne cessèrent d’évoluer au travers de ses recherches qui créèrent entre 1929 et 1931, une série de toiles comportant de grands rectangles rouges.

 

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L’année 1932 le vit utiliser parfois des lignes doubles, alors qu’en 1936-37, les lignes noires se multiplièrent, et les tableaux, souvent, ne révélèrent plus qu’un seul plan coloré. On qualifia parfois cette époque de « tragique » dans le règne absolu de la seule proportion certainement strictement calculée par MONDRIAN qui revenait aux bandes noires de largeur uniforme. A l’automne 1938, les prémices de la Deuxième Guerre Mondiale l’incitèrent à rejoindre Londres avant qu’il ne s’installât à New York en 1940. Chez les américains, il poursuivit son œuvre en jouissant d’une vie matérielle plus aisée.

L’année 1942 révéla sa première exposition personnelle américaine dans laquelle ses œuvres picturales se différenciaient de celles de sa période parisienne. L’abandon des lignes noires intervint alors au profit de la création de lignes colorées, qui évolua ensuite vers une fragmentation en bandes de plusieurs couleurs, avant d’être constituée d’une succession de petits carrés de couleurs alternées comme à l’exemple du tableau « Broadway Boogie-Woogie », créé en 1942-43.

Son art, alors égayé par l’absence des lignes noires, et par la succession rythmée de la multiplication de petits rectangles ou carrés aux couleurs vives, traduisit le bonheur de sa vie outre-atlantique, et l’accueil nouveau de sa peinture par le public américain. MONDRIAN composa alors des tableaux qui reproduisaient son amour jamais démenti pour la danse, comme « Victory Boogie-Woogie ».

L’Artiste qui avait inventé le Néoplasticisme, cette doctrine d’architecture spirituelle qui trouva son meilleur terrain d’expression dans la construction de l’espace bâti et vécu, admiré et entendu dès les années vingt par

l’architecte Le Corbusier qui reconnaissait alors la poétique de l’angle droit, mourut à New York le 1er février 1944, à l’âge de soixante douze ans, dans cette ville qui l’avait tant fasciné par la construction rectiligne de ses rues.

 

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Alain VERMONT

 

15:38 Écrit par L'Art Pluriel dans 4 -- PEINTURE : EVOLUTION DES ARTISTES | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mondrian, néoplasticisme, cubisme |  Imprimer | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook |