23/11/2012

Dans la grisaille de novembre, une "pluie de records"...qui nargue la crise

7 novembre 2012, chez Christie's New York

Quelques heures avant l'ouverture de cette grande vente du soir, l'indice de confiance du marché de l'art invitait certes à l'optimisme (5 points de plus et des intentions d'achat touchant plus de 70 % des votants), mais pas autant que Christie’s, qui espérait dépasser les 250 m$ de recette. Si le résultat final est en deçà de leurs espérances (179,8 m$), il est néanmoins tout à fait honnête par rapport à la cession 2010 (180,4 m$) et relègue la mauvaise expérience de 2009 (56,8 m$) au rang de mauvais souvenir.

Les 10 plus belles enchères ont récompensé Pablo PICASSO et Alberto GIACOMETTI par trois fois, Constantin BRANCUSIJoan MIRO et, bien sûr, les très attendus Claude MONET  (meilleur résultat de la vente grâce aux Nymphéas adjugés 39 m$), et Wassily KANDINSKYpour qui ce 7 novembre 2012 est le jour d'un nouveau record mondial à hauteur de 20,5 m$.

Studie für Improvisation 8 franchit en effet de peu son estimation basse mais enterre un sommet vieux de 12 ans à 19 m$ enregistré le 17 mai 1990 chez Sotheby's New York. Les prix des modernes sont revenus au plus haut : il faut remonter le temps de 22 ou 23 années pour trouver des résultats d'enchères similaires sur certaines pièces. Cela est valable sous des signatures abstraites (comme Kandinsky) mais aussi sur les maîtres modernes comme Picasso ou Henri MATISSE.


L'adjudication à 700 000 $ du sublime, mais petit, bronze d'Henri Matisse,La Tiaré (20,3 cm), est son record pour une sculpture si petite... record avec lequel flirtaient déjà les enchérisseurs en 1989, lorsqu'Henriette III, (20 cm) s'est vendue l'équivalent de 644 000 $ chez Sotheby's New York.

Signe des temps, le Top 10 de Christie's révèlent que les deux Picasso les plus chers ont été acquis par des acheteurs asiatiques :Buste de femme à 11,6 m$ et la Femme au chien à 5 ,6 m$.


Sur les neuf Picasso proposés lors de cette vente, cinq sont millionnaires, trois font partie du Top 10 et trois sont restés invendus. Que le tiers des Picasso offerts essuient des échecs de vente n'est pas anodin : les acheteurs sont sélectifs, informés, prudents et n'achètent pas à n'importe quel prix. Ils ont notamment rejeté la sculpture en bronze d'un jeune 
Coq, dont l'estimation était comprise entre 10 m$ et 15 m$. Cette retenue est compréhensible quand on sait que seules deux sculptures de Picasso sont parvenues aux 10 m$ dans l'histoire des enchères, deux sculptures qui de surcroît étaient plus grandes et plus rares sur le marché : Tête de femme, Dora Maar a été éditée à 2 exemplaires et La Grue à 4 alors que le Coq a été édité à 6 exemplaires.


Du côté de chez Sotheby's, trois toiles de Picasso n'ont pas trouvé l'écho escompté : le Plant de Tomate (1944) paraissait trop cher en 2012 dans sa fourchette d'estimation de 10 m$ à 15 m$, malgré une adjudication à 12 m$ en 2006 chez Christie's le 8 novembre 2006. En août 1944, le maître a peint à neuf reprises ce plan de tomates (au rythme de près d'une toile par jour) puis en l'espace de sept ans, le prix de ces « pommes d'amour » se voyait révisé au décuple (passant de 1,9 m$ en 1999 à 12 m$ en novembre 2006). Il arrête donc là son ascension. Qu'importe, c'est encore à Pablo Picasso que Sotheby's doit la moitié des recettes de cette grande vente du 8 novembre. Six coups de marteau (quatre pour des peintures et deux pour des dessins) ont en effet permis à la société de ventes aux enchères de dégager 72,27 m$ (hors frais) contre 70,33 m$ générés par la vente de 40 autres lots.


A défaut d'un véritable record absolu, signalons tout de même l'extraordinaire envolée d'un dessin à l'encre toujours signé Picasso et intitulé 
Le Viol (1940), qui doublait son estimation haute pour une enchère gagnante de 12 m$.

A ce niveau de prix, Le Viol s'inscrit à la troisième place des meilleures adjudications de Picasso pour un dessin et à la meilleure place pour un dessin non rehaussé à la gouache. Cette oeuvre signe l'un des quatre coups de marteau à plus de 10 m$ pour Sotheby's pour cette cession tandis que Christie's en enregistrait six la veille.

Records historiques pour les ventes d'art d'après-guerre et contemporain 

Faisant fi de la sinistrose, les ventes d'automne à New York ont atteint cette année un niveau inégalé. Surpassant les ventes plus mesurées d'art moderne et impressionniste frappées une semaine auparavant, c'est une fois de plus le segment après-guerre et contemporain qui remporte haut la main la bataille. Preuve que rien n'ébranle la vitalité de ce marché refuge.

Quant à l'autre bataille, celle menée entre les leaders Christie's et Sotheby's, Christie's l'emporte haut la main en réalisant 364m$ lors de la vente du soir du 14 novembre, soit le plus beau résultat de son histoire pour une vente d'art d'après-guerre et contemporain (le record absolu étant détenu par la vacation d'art impressionniste et moderne avec 437 m$ en 2006). La veille, Sotheby's encaissait tout de même 331 m$ et signait son record de vente absolu en détrônant la vente d'art d'après-guerre et contemporain du 14 mai 2008 qui avait enregistré 320 m$ !

Le moins que l'on puisse dire est que les acheteurs se sont bien rassasiés et ce particulièrement chez Christie's qui enregistre seulement 8 % de taux d'invendus et 56 enchères millionnaires dont 10 au-dessus de 10 m$, là où Sotheby's comptabilise 16 % de taux d'invendus et 42 enchères millionnaires dont 7 frappées au-dessus de 10 m$. Bien évidement dans un tel contexte, les deux maisons signent une pluie de nouveaux records : 8 pour Christie's et 8 pour Sotheby's.

La plus haute enchère des deux vacations est emportée par la toile No. 1 Royal Red and Blue de Mark ROTHKO cédée 67 m$, soit 17 m$ de plus que son estimation haute, chez Sotheby's ! Elle reste malgré cela la deuxième plus belle enchère pour l'artiste face à Orange, Red, Yellow adjugée 77,5 m$ en mai 2012 chez Christie's New York.

Un habituel festival de stars

Face aux artistes américains, qu'ils soient issus des mouvements pop art ou de l'expressionnisme abstrait, c'est encore et toujours le même engouement. Parmi eux, notons un nouveau record de vente pour Jackson POLLOCK chez Sotheby's. De format pourtant modeste (76,5 cm x 63,5 cm), la toile Number 4 trouve preneur pour 36 m$ soit plus de 15 m$ de plus que son dernier record, Number 28 (76,5 cm x 137,4 cm), adjugé 15,7 m$ chez Christie's New York le 8 mai 2012.

Stars toujours, les œuvres d'Andy WARHOL ont encore largement arrosé les enchères, totalisant 13 lots sur les deux ventes. Et ce sans compter les 354 lots dispersés lors du premier volet du partenariat signé entre Christie's et la Fondation Warhol, le 12 novembre. Les deux vacations n'ont cependant pas réussi à frapper assez haut pour détrôner les 2 plus belles ventes de cet habitué des record, encore attribuées à Green Car Crash (Green Burning Car I) adjugé 64 m$ chez Christie's New York le 16 mai 2007 et Men in her life adjugé 56,5 m$ chez Phillips de Pury & Company New York, le 8 novembre 2010. Néanmoins, Statue of Liberty trône désormais à la 3ème place des exploits de Warhol grâce à une adjudication au-delà de tout pronostic à 39 m$ (Christie’s). Comptant parmi les œuvres cultes de l'artiste, elle a aussi la particularité d'expérimenter la future technique en 3D et d'être ainsi visible en volume grâce au port de lunettes vert et rouge.

Le mouvement minimaliste n'est pas en reste avec un retour aux sommets millionnaires pour Agnes Bernice MARTIN ou encore un record rafraîchi pour Donald JUDD à hauteur de 9 m$ pour la sculpture Untitled, 1989 (Bernstein 89-24).

Du côté des "mastodontes" de l'art contemporain la Jean-Michel BASQUIAT mania continue son chemin grâce à un nouveau chef-d'œuvre,Sans-titre, qui sort de l'ombre et s'envole au-delà du seuil de 20 m$ chez Christie's. Avec ses 23,5 m$, l'œuvre surpasse de près de 5,6 m$ son ultime meilleure vente enregistrée quelques mois plus tôt avec Untitled, adjugée 17,9 m$ chez Christie's Londres, le 27 juin 2012. 

Jeff KOONS s'affirme, lui, comme l'un des artistes vivants les plus chers au monde avec la vente d'une sculpture monumentale : cédée 30 m$, Tulips devient son nouveau meilleur résultat.

Quelques nouveaux noms dans les plus hautes sphères

Figure majeure de l'expressionnisme abstrait, Franz KLINE était assez discret aux enchères ces dernières années, la signature de sa plus belle vente remontant à l'année 2005 avec les 5,7 m$ de Crow Dancer enregistrés chez Christie's New York le 11 mai 2005. Les ventes des 13 et 14 novembre 2012 changent désormais la donne : sur les six lots proposés par les deux maisons de ventes, quatre deviennent les nouveaux records de l'artiste. L'adjudication de Untitled, huile sur toile grand format (200,7 cm x 280,4 cm), pour 36 m$ le place même sur un pied d'égalité avec le nouveau record de Pollock également frappé à 36 m$.

Encore du côté de l'expressionnisme abstrait, les toiles des années 70/80 de l'Américain Richard DIEBENKORN (1922-1993) ont aussi le vent en poupe : en trouvant preneur à 12 m$ chez Christie's, Océan Park # 48 doublait presque son record de 2011 quand Ocean Park #121 était adjugée 6,8 m$ chez Christie's New York, le 11 mai.

Artistes vivants, des envolées confirmées...

La peinture géométrique de Mark GROTJAHN (1968) continue sur sa lancée en signant une belle performance avec les 3,65 m$ deUntitled (Red Butterfly II Yellow MARK GROTJAHN P-08 752) enregistrés chez Christie's, ce résultat doublant en à peine 6 mois les 1,8 m$ frappés pour « Untitled (Yellow Butterfly III) » lors des ventes printanières chez Sotheby's New York, le 9 mai 2012.

Toujours dans la mouvance géométrique-minimaliste, Wade GUYTON, qui depuis février 2011 enregistre onze adjudications entre 250 000 $ et 560 000 $, persiste et signe un nouveau record à hauteur de 650 000 $ pour Untilted , chez Sotheby's. Véritable star aux États-Unis, Wade Guyton a, depuis 2002, troqué son pinceau contre une imprimante jet d'encre, ce qui lui a plutôt réussi. Ses motifs et lettrages aux erreurs, coulures et autres défauts d'impression sont d'ailleurs, depuis le mois d'octobre 2012, au cœur d'une exposition personnelle au Whitney Museum of American Art de New York.

Les moins...

Christie's semblait bien partie pour signer un nouveau record avec l'œuvre Bait de Robert RAUSCHENBERG dont l'estimation promettait une enchère entre 7 m$ et 10 m$. De même style et de même époque que Overdive, son record frappé 13 m$ chez Sotheby's New York en 2008, elle n'a pas réussi à trouver preneur. Il semble que les amateurs aient moins d'appétit pour celui que l'on considère comme le père du Pop Art. Rauschenberg n'a d'ailleurs signé aucune enchère millionnaire depuis 2010.

Les "offres" se sont moins emballées que ces derniers mois autour des œuvres de Gerhard RICHTER. Néanmoins pas d'inquiétude, les six lots répartis entre les deux maisons de ventes ont tous trouvé preneur dans leur fourchette d'estimation.

Ces deux ventes historiques prouvent une fois de plus que peintures de qualité, artistes établis, de préférence américains et d'après-guerre, sont les maîtres mots récidivistes capables de porter les plus beaux records mondiaux. Ces sensationnelles performances prouvent que même l'ouragan Sandy et les élections américaines ne peuvent détourner l'attention des collectionneurs toujours plus friands du segment de marché après-guerre et contemporain. 

 

Le produit mondial des ventes aux enchères 2011 : 11,5 millards de dollars

Source ARTPRICE 

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ALAIN VERMONT

 


15/05/2009

L'ABSTRACTION : DEUXIEME GRANDE REVOLUTION

 

L’ART ABSTRAIT : La Deuxième grande Césure après l’Impressionnisme dans l’Histoire de la Peinture Mondiale

 

 

Si l’on veut demeurer honnête, rien n’est plus difficile que de vouloir donner une définition à l’Art Abstrait, et lui trouver une origine précise. En effet, l’Art Abstrait reste un ensemble de tendances regroupées dans l’Art Non Figuratif. Et cette désignation d’Art Non Figuratif, exprime un domaine de la création artistique aux frontières très lâches dans le temps, et aux multiples orientations abordées par les artistes. Les nombreuses tendances qui se sont développées à la suite les unes des autres, ou qui se sont combattues entre elles, nous obligent à un regard en arrière pour constater que l’ « invention » de l’Abstraction ne fut que le résultat final de la dislocation de la couleur et de la forme, issue du radicalisme pictural annoncé par les Fauves, et poursuivi par les Cubistes.

 

Il en résulta alors deux impulsions qui entraînèrent l’Art vers une construction non figurative. Dans une première impulsion, l’Abstraction s’exprima par la simplification et la concentration des éléments d’expression et de rayonnement de l’objet, qui se développèrent jusqu’à l’obtention d’une forme essentielle, mais non figurative.

Ce fut le cas de la peinture de MONDRIAN qui en 1912, parvint à un condensé essentiellement linéaire et anguleux de formes élémentaires abstraites dans lequel il inséra le concentré d’une apparence colorée, réalisé par quelques zones de couleurs.

MONDRIAN renforça ainsi les zones de tension entre les foyers de la composition, et réalisa une certaine harmonie du tableau pour parvenir à un ensemble achevé, sans arrières pensées thématiques.

L’Art Abstrait relégua à l’arrière-plan le contenu anecdotique du tableau, et discrédita ainsi la notion d’imitation qui jusque là avait servi d’ancrage à l’Art Figuratif, dans tous ses styles. En parvenant à ce point de distorsion et d’obscurcissement du réel, la transition de l’Art vers l’Abstraction devint alors inévitable, quand on constate aujourd’hui des traces plus ou moins apparentes de cette volonté de s’exprimer chez des artistes comme PICASSO ou LEGER.

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Sans Titre
Première aquarelle abstraite (1910-1913)
Vassili Kandinsky 1866-1944

 

Il n’en demeure pas moins vrai que toutes les tentatives qui ont conduit à l’Art Abstrait, apparaissent aujourd’hui plus comme une audace de l’époque, que comme une véritable Aventure Abstraite. Car il faut souligner qu’au début du siècle dernier, les diverses tentatives sont souvent restées sans suite immédiate par leurs auteurs qui, avant d’opter finalement pour l’Abstraction, se sont retournés vers l’Art Figuratif pendant une certaine période. C’est pourquoi, il demeure difficile encore aujourd’hui de trancher dans la querelle des dates.

Il faut alors exposer la deuxième impulsion de la volonté d’Abstraire, en soulignant que cette dernière s’appuya sur un refus systématique de la représentation réaliste d’après nature. On estima dès lors que la forme et la couleur devenaient les seules parties intégrantes de la vie mystérieuse de la création artistique, en oubliant l’objet de la nature, pour considérer que l’invention nouvelle devait être préférée à un emprunt à la nature. L’emploi direct des éléments abstraits de la forme et de la couleur se fit alors sans détour, et sans la présence de la nature.

 

Plusieurs interprétations subsistent pour tenter d’expliquer le choix et l’invention des caractères formels aux côtés de la composition des couleurs. Concernant la forme, les interprétations voyagent de la stricte géométrie à la dissolution de toute forme créée consciemment. Pour la couleur, on part de l’harmonie consciemment composée pour aboutir à une pose de la couleur brossée dans l’extase, et guidée par le hasard.

KANDINSKY, chef de file de l’Abstraction Immédiate non influencée par la nature ou par l’objet, composa en 1910 une aquarelle qui exprima alors son sens de l’Art Abstrait : « Taches de couleurs projetant des sensations ». Il s’enfonça alors sans retour dans les terres vierges de cette nouvelle peinture, et devint avec MALEVITCH et MONDRIAN, l’artiste qui inventa véritablement l’Abstraction.

Kandinsky dans le gris.jpg
Dans le Gris (1919)
Huile/toile 129 x 176 cm
Vassili Kandinsky 1866-1944

 

La genèse de l’Art Abstrait est longuement expliquée dans des textes célèbres, écrits par ces trois peintres, pour avouer leurs raisons à vouloir s’aventurer dans cette exaltante mais périlleuse entreprise. Aussi, il ne semble pas opportun d’apporter une nouvelle explication concernant l’origine de cette peinture. Il suffit simplement de rappeler que KANDINSKY, au travers de ses diverses expériences, réalisa à l’époque que les « objets » qui encombraient ses toiles, nuisaient à sa peinture en amoindrissant le rayonnement de celle-ci. Il se résolut alors à remplacer ces objets, mais ne sut pas par quoi les remplacer. En réponse à cette interrogation, il créa cette première aquarelle qui exprime depuis lors toute la nécessité intérieure dont elle a été nourrie.

Dans l’historique de ce mouvement lié à la rupture de la représentation figurative de l’objet ou de la nature, plusieurs époques sont à prendre en considération puisque ce phénomène de l’Art a traversé l’entier 20ème siècle.

 

Entre 1910 et 1920, LARIONOV créa à Moscou le Rayonnisme, aux côtés de sa compagne et peintre Natalia GONTCHAROVA, alors que KANDKINSKY inventait l’Abstraction Lyrique ; à la même époque MONDRIAN s’engagea dans le Néoplasticisme, tandis que MALEVITCH s’adonnait au Suprématisme, et que DELAUNAY créait l’Orphisme. Entre 1920 et 1930, ces nouvelles formes de l’Abstraction parcoururent l'Europe. Les années 30 assistèrent alors à la naissance de plusieurs groupes dans lesquels de nombreux artistes souhaitaient fonder un système pictural s’appuyant sur les recherches de KANDINSKY, MONDRIAN et MALEVITCH qui avaient, au travers de leurs nombreux écrits, fourni une explication cohérente concernant la « fabrication » de l’Art Abstrait.

La fin de la guerre de 1945 entraîna l’Art Abstrait dans un phénomène qui devint mondial, pour laisser émerger de nombreux nouveaux mouvements, comme la Peinture Gestuelle, l’Art Informel, l’Art Cinétique et l’Art Optique, ou l’Art Minimal.

Delaunay Champ de Mars.jpg
Champ de Mars (1911-1913)
Robert Delaunay 1885-1941
Huile/toile

 

La crise de l’Abstraction survint ensuite à la fin des années soixante dix. Aujourd’hui, l’Art Abstrait n’exprime plus une opposition aussi radicale à l’encontre de la Figuration puisque sont nées la Figuration Abstraite, ainsi que l’Abstraction Figurative. Après 1945, Georges MATHIEU et les Artistes de l’Ecole de Paris définirent une distinction dans les expressions, pour inventer l’Abstraction Géométrique qui regroupe généralement le Néoplasticisme, le Suprématisme, le Rayonnisme, l’Art Cinétique et l’Art Optique, ainsi que l’Art Minimal, et pour inventer également l’Abstraction Lyrique qui représente la peinture de KANDINSKY, et plus près de notre époque, celle d’André LANSKOY.

 

Quand on se penche sur les causes qui sont la genèse de la Peinture Abstraite, on constate qu’avant la première guerre mondiale, les artistes slaves ont représenté la grande majorité des peintres non figuratifs. Il devient alors difficile d’expliquer pourquoi la sensibilité et l’imagination slaves ont supplanté la création des autres artistes, pour tendre vers une volonté d’objectiver les éléments du tableau et de la construction. Une réalité a alors été créée dans le tableau, pour amener la conséquence d’une concentration des valeurs élémentaires en une unité supérieure à celle de la réalité tangible de la nature.

En 1907 déjà, le lithuanien CIURLONIS devint au travers de sa profonde connaissance des œuvres musicales, le pionnier de l’Art Abstrait en Russie où, plusieurs groupes qui visaient le même but, se formèrent sous diverses dénominations.

 

Avant 1910, KANDINSKY avait étudié la théorie des couleurs de Goethe, pour comprendre que les couleurs isolées, ou encore des accords différents, possèdent déjà seuls, sans une forme définie, une valeur expressive indépendante qui les rend capables d’avoir une action diverse sur l’âme humaine. Sa conviction se renforça par la particularité du Fauvisme et du Cubisme qui ont préparé la tendance à l’autonomie de la couleur et de la forme.

Il rédigea alors son livre « Du spirituel dans l’art » pour établir une relation entre la théorie des couleurs et les principes de la musique, avant de composer son premier tableau abstrait « Taches de couleurs projetant des sensations ». Il différencia ses œuvres en les baptisant à sa manière : ses tableaux peints comme des esquisses furent appelés « Improvisation » pour signifier que le lyrisme de la couleur restait indépendant de l’objet ; quant à ses œuvres exécutées avec un certain ordonnancement, il les appela « Compositions », pour mettre ainsi en avant le fait que l’élément coloriste devait agir en corrélation avec la musique, et indépendamment de l’objet.

Les divers développements et les multiples combinaisons ou divisions qui ont agité l’existence de l’Art Abstrait sont extraordinairement compliqués, et expriment plusieurs facettes. C’est pourquoi il devient difficile, même en se référant à chaque groupe et à chaque tendance, de rendre justice à tous, selon leur importance.

 

Malevitch.jpg
Supremus N° 58-Jaune et noir (1916)
Kasimir Malevitch 1878-1935

 

En 1910, le peintre Mikhaïl LARIONOV inventa le Rayonnisme qui reste une des premières expressions de l’Art Abstrait. L’artiste russe manifesta ainsi son intention de s’affranchir du temps et de l’espace, dans la composition de ses tableaux. Il proclama une nouvelle manière de peindre pour transmettre l’impression d’une quatrième dimension. Dans ses toiles, des rayons de couleurs parallèles ou contrariés, matérialisent l’énergie lumineuse dégagée par les objets. Le sujet traité éclate en faisceaux de couleurs vives dont les angles aigus s’entrecroisent ou se chevauchent.

En 1912, le peintre tchèque Franz KUPKA exposa à Paris des tableaux abstraits inspirés de thèmes musicaux, et qui portaient des titres comme « La fugue en rouge et bleu », ou encore « Fugue en deux couleurs ».

La première toile citée laisse apparaître une répartition concentrique de rythmes bleus, rouges, verts et noirs, sur un fond blanc, pour représenter optiquement le déroulement rythmique de la fugue. Il reste par sa manière le précurseur des peintres « musicalistes », après que le monde de l’art l’eut découvert seulement en 1946, tant à Paris qu’à New York.

 

En 1912, Robert DELAUNAY qui exposait ses œuvres au « Sturm » de Berlin, inspira Apollinaire qui employa ensuite, dans une conférence, le terme d’ « Orphisme », pour désigner cette peinture qui privilégiait dans la construction du tableau, la couleur sur la forme. Cette tendance retient les disques et les formes circulaires qui résultent de la sensation imprimée sur la rétine, après l’observation soutenue de la lune et du soleil. La composition du tableau est alors rythmée par des surfaces géométriques qui s’interpénètrent. L’emploi de la couleur pure a selon DELAUNAY, valeur de forme et d’objet.

En 1913, naquit le Suprématisme, sous le pinceau de Casimir MALEVITCH. Ce dernier, après avoir peint à la manière des Néo-Impressionnistes, puis des Fauves, avant de devenir le chef de file du Cubisme Russe, se laissa d’abord influencer par les œuvre de LEGER étudiées lors d’un voyage à Paris en 1912, avant de subir l’influence de son compatriote LARIONOV. Il reproduisit dans ses tableaux des droites ou des surfaces géométriques telles que le cercle, la croix ou le triangle, ou encore la forme du zig-zag, ou de l’amande. MALEVITCH joua avec des couleurs vives qui, au travers des surfaces peintes, se touchent, se superposent ou s’ignorent.

 

En 1913 également, le peintre britannique Percy Wydham LEWIS fonda le Vorticisme qui tire son appellation du mot vortex. Il s’agissait pour l’artiste de parvenir à une composition picturale dans laquelle la suggestion du mouvement résultait de l’emploi d’angles et de courbes s’organisant librement autour d’un point déterminé appelé vortex (le tourbillon de l’eau s’écoulant d’une baignoire par exemple). Mais en 1915, le groupe formé par plusieurs artistes dont David BOMBERG, se disloqua avant que le mouvement ne mourût à tout jamais.

Entre 1912 et 1917, le Néoplasticisme vit le jour quand Piet MONDRIAN créa la doctrine de la plastique pure, en partant du Cubisme, pour exploiter dans ses tableaux, l’usage de l’angle droit en position horizontale/verticale, ainsi que les « trois couleurs primaires » auxquelles il ajouta les « non-couleurs » que sont le blanc, le noir et le gris.

L’appellation du mouvement provient de la traduction de « Nieuwe beelding » qui signifie la « nouvelle image du monde ». Ses œuvres sont un jeu de tracés horizontaux et verticaux accompagnés parfois de quelques rares lignes incurvées.

 

L’Art Non Figuratif fut inventé dans les années 40 par le peintre français Jean BAZAINE, qui composa une peinture qu’il ne voulait pas qualifier d’Abstraite.

Les tableaux, de dimension moyenne, traduisent des formes qui proviennent de la nature. Et dans ces œuvres où se mélangent le Cubisme, le Fauvisme, et une certaine forme d’Abstraction, les artistes adoptent le style des vitraux ou des émaux cloisonnés, en employant la peinture à l’huile qui offre des tons plus doux que ceux de la peinture acrylique souvent utilisée par les peintres Abstraits.

BAZAINE recouvrait ses toiles d’un fourmillement de taches informelles qui suggéraient la fusion des éléments et leur palpitation éperdue, en leur donnant des titres comme « L’éclaircie » ou « Vent de mer », qui révèlent des enchevêtrements de lignes épaisses, et des plages colorées de formes géométriques non figuratives.

 

L’alliance des deux termes composant l’Expressionnisme Abstrait implique une notion très imprécise qui se heurte à de nombreuses objections. Pour tenter une « approche » de définition, on peut expliquer cette peinture comme étant un art qui privilégie les valeurs expressives, tant au niveau du matériau, du geste ou de la technique, et leur jaillissement plus ou moins spontané, par opposition à la création géométrique ou constructive qui favorise la composition ou la forme.

A New York, entre 1942 et 1957, l’Expressionnisme Abstrait devint sous les pinceaux d’Ashile GORKY, le premier mouvement d’Art Abstrait authentiquement américain. Les artistes concernés par cette nouvelle peinture rejetèrent alors le Cubisme et le Surréalisme des peintres européens en exil aux Etats-Unis.

Les tableaux de grand format de GORKY sont structurés par une subtile interprétation des formes et des lignes. Et la couleur est toujours disciplinée par la dominante du fond qui laisse à quelques taches éclatantes, le soin de jouer le rôle de la lumière.

 

William De KOONING s’appliqua lui à une représentation mi-abstraite/mi-figurative qui privilégie la femme par l’interpénétration des formes dans lesquelles apparaissent d’importantes traînées de pinceau, ainsi que des éclaboussures de couleurs vives.

La Peinture Gestuelle ou « Action Painting », fut baptisée en 1952 par le critique américain Harold Rosenberg, aux fins de définir la peinture réalisée par POLLOCK, KLINE et de KOONING.

Cette tendance picturale exprime l’indépendance artistique des peintres américains face à leurs homologues européens. Les artistes du nouveau continent subissaient alors l’influence des européens qui avaient émigré à New York durant la deuxième guerre mondiale, tels MONDRIAN ou MASSON.

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Blue Moby Dick (1943)
Jackson Pollock 1912-1956
Gouache et encre
48 x 60 cm

 

Cette définition de la peinture désigne la forme la plus excessive et la plus significative prise par l’Expressionnisme Abstrait New-Yorkais. Les tableaux grands formats de l’illustre Jackson POLLOCK (je vous conseille d’acheter le magistral DVD du même nom), sont recouverts de peinture distribuée sur le support par une boîte percée de trous. L’artiste manipulait également un bâton trempé dans la peinture, pour créer une forme d’écriture qui reproduisait son état psychique ou physique quand il partait à la conquête de sa toile. POLLOCK a produit une œuvre qui résulte de l’action du corps, et dans laquelle la trace gestuelle se substitue à la plage des couleurs. POLLOCK aimait poser ses toiles à terre de manière à pouvoir se déplacer autour d’elles, pour mieux en aborder leurs côtés.

 

De KOONING employa les couleurs primaires rehaussées de noir et de blanc, alors que POLLOCK ou KLINE préféraient des couleurs à dominante noire, blanche ou gris bleu. Les tableaux de POLLOCK expriment des lacis de traits de peinture, mélangés à des fils ou des cordes qui sont parfois remplacés par du sable ou du verre brisé.

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Le Labyrinthe (1938)
André Masson 1896-1987
Huile/toile 120 x 61 cm

L’Art Informel se développa en Allemagne dans les années 50 pour exprimer ensuite différentes formes d’Abstraction, ou de constructions éclatées comme l’Art Brut, le Tachisme ou la Calligraphie. Cette peinture révélait les « Tendances extrêmes de la peinture non figurative » selon le critique Michel TAPIE, en 1951.

La peinture à l’huile était déposée sur le tableau par une spatule, un couteau ou un pinceau, ou par l’écoulement du tube pressé au-dessus du support. L’épaisseur de la matière picturale fut mélangée ainsi à divers enduits dans les œuvres de FAUTRIER, ou à des filets de couleurs dans les œuvres de MATHIEU, pour figurer des comètes de lumière.

 

DUBUFFET inventa l’expression « Art brut » en 1945, pour désigner toutes les productions spontanées et inventives qui ne s’appuyaient pas sur l’Art Traditionnel, et qui émanaient d’artistes étrangers aux milieux artistiques professionnels, sans formation technique. Il voulut produire une peinture qui n’affichait aucune prétention culturelle, et aucune démarche intellectuelle. Il utilisa des supports comme le papier mâché ou froissé, l’isorel, ou des planches de bois, ou encore des toiles traditionnelles.

Son art fit scandale quand il révéla dans ses tableaux des mélanges hétéroclites faits de sable, de morceaux d’éponge, ou de morceaux de murs, mariés à une peinture laque ou à l’huile qui exprimait des dessins parfois figuratifs, ou parfois abstraits.

Il définit lui-même alors son art, en affirmant au critique Michel Ragon « Je suis toujours à la limite du barbouillage le plus immonde et misérable, et du petit miracle ».

 

L’Art Cinétique et l’Art Optique (Op Art pour Optical Art relevant de l’exposition « The Responsive Bye », organisée en 1965 au Musée d’Art Moderne de New York), restent deux tendances similaires de l’Abstraction. La distinction se situe entre les œuvres qui mettent à contribution un mouvement réel produit par des moyens naturels ou non, entraînant la nomination d’Art Cinétique, et les œuvres qui ne proposent qu’une illusion de mouvement fondée sur un jeu optique adapté, et obtenue par la seule configuration des lignes ou des couleurs, ou obtenue encore par le déplacement du spectateur face à l'œuvre.

Néanmoins, la distinction de ces deux tendances demeure difficile car certains des artistes de l’Art Cinétique ont également sacrifié à l’Art Optique. Les origines de ces deux tendances artistiques proviennent vraisemblablement des premières recherches scientifiques concernant les phénomènes de la vision. Il faut pour ce faire se rappeler par exemple les études de Chevreul qui ont d’abord influencé l’Art des Impressionnistes, avant d’influencer l’Orphisme de DELAUNAY.

 

En 1955, VASARELY se plut à définir dans son « Manifeste jaune » une nouvelle représentation artistique qui remplaçait la notion de nature par celle de beauté artificielle. Les artistes utilisèrent des petits ou grands formats, selon la destination de l’œuvre, et le matériau utilisé. Le plexiglas, le métal, les ampoules électriques et les néons entrèrent alors dans la composition des œuvres.

 

L’Art Minimal prit naissance en 1962, dans la bouche du critique américain Richard Walheim, pour contrer l’Expressionnisme Abstrait des années précédentes.

Souvent perçue au sens péjoratif, cette dénomination se rapporte en fait à l’expression « Less is more » qui signifie en français « Le moins est le plus ». Ce courant des années 60 concerne surtout la sculpture, bien que des artistes peintres significatifs comme STELLA ou NEWMAN, se soient impliqués profondément dans cette tendance de l’Abstraction qui rejette le sujet, les formes ou les mouvements, pour privilégier dans les tableaux la couleur sur grand format.

Les compositions expriment des traits, des lignes ou des surfaces géométriques qui s’affirment dans l’emploi de deux ou trois couleurs vives. L’œuvre devient alors impersonnelle pour provoquer l’œil du spectateur au travers de son chromatisme, et les surfaces mates ou brillantes peuvent aisément se passer d’éclairage pour exprimer leur contenu.

Les sculpteurs minimalistes comme JUDD ou BELL réalisèrent des œuvres réduites à des formes géométriques primaires, comme le cube ou le parallélépipède qui révèlèrent alors l’infinie complexité entrant dans la perception des formes les plus simples.

 

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Alain VERMONT

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

20:41 Écrit par L'Art Pluriel dans 3 -- PEINTURE : HISTORIQUE | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : abstraction, pollock, malevitch, kandinsky, delaunay |  Imprimer | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook |