14/06/2012

Maximilien LUCE, un artiste du réel humain

Maximilien LUCE naquit à Paris le 13 mars 1858. A l’âge de quatorze ans il suivit des cours du soir, en achevant son apprentissage de graveur chez Hildebrans. En 1876, il trouva un emploi d’ouvrier qualifié chez Froment qui gravait alors de nombreuses planches pour des illustrés français et étrangers. L’année suivante, LUCE effectua un stage à Londres avec son employeur, avant de revenir en France où il devint militaire d’abord en Bretagne, puis à Paris.

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Il n’en continua pas moins son métier de graveur. Il devint ainsi l’élève de CAROLUS-DURAN, travailla à l'Ecole de Dessin des Gobelins, et poursuivit son apprentissage personnel de la peinture en étudiant la nature. Devenu l’ami de PISSARRO qui appréciait son art, il écouta les conseils que lui prodiguait son aîné. En 1884, il participa à la création du mouvement Néo-Impressionniste. Et en 1887, il s’associa aux membres de la « Société des Indépendants ».

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Sa production révèle un très grand nombre de paysages qui font oublier les remarquables portraits qui figurent aussi dans sa création. Ces portraits sont la composante de son œuvre qui différencie profondément son art de celui des autres peintres Néo-Impressionnistes.

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Son pinceau et son fusain s’attachèrent à reproduire son respect pour le travail de l’homme. Et les maçons ou terrassiers devinrent souvent le théâtre de ses tableaux. Il collabora aux journaux anarchistes du moment, comme le « Père Peinard » fondé en 1889, et dont il dessina la couverture. En 1894, impliqué dans le « Procès des trente », il fut emprisonné. Les attentats anarchistes secouèrent alors la capitale française au travers du déroulement de l’Affaire Dreyfus.

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Alain VERMONT

19/05/2012

Raoul Dufy ou le cheminement du Fauvisme au Cubisme

Raoul DUFY naquit au Havre le 3 juin 1877, dans une famille nombreuse de neuf enfants. Son père, comptable dans une société importante de la ville, et organiste à ses heures perdues, transmit son amour de la musique à ses enfants, alors que Raoul s’orientait déjà très jeune vers la peinture, pour être bientôt suivi par son frère cadet Jean.

DUFY suivit les cours du soir de l’Ecole des Beaux-Arts du Havre, et à dix neuf ans, après avoir effectué son service militaire et obtenu une bourse de sa ville natale, il s’installa à Paris, pour cohabiter avec son compatriote FRIESZ. Dans la capitale, il entra à l’Ecole des Beaux-Arts pour fréquenter l’Atelier de BONNAT.

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Il admirait la Peinture Impressionniste au travers des tableaux qu’il regardait dans les vitrines des grand marchands de l’époque, en marquant sa préférence pour Van GOGH et GAUGUIN. En 1905, l’influence impressionniste s’amenuisa alors qu’apparaissait le Fauvisme, par le truchement de la toile de MATISSE « Luxe, calme et volupté » qui lui démontra le rôle de l’invention dans la peinture. Sa période fauve se déroula jusqu’en 1909 environ, pour laisser ensuite la place à une influence cubiste qui lui permit de mieux comprendre l’œuvre de CEZANNE.

C’est à cette époque qu’il séjourna quelque mois à Munich pour remettre en cause son art, et dérouter le public qui ne comprenait pas ses changements incessants de style. Mais DUFY, sûr de son talent, et malgré ses difficultés importantes du moment, ne transigea pas sur son approche de la peinture.

 

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Pour survivre, il accepta de s’installer dans un atelier situé Avenue de Clichy, afin de créer des impressions sur tissus qui rapidement séduisirent les élégantes parisiennes. Et durant plusieurs années, l’artiste alors employé à rénover l’esprit de la Maison de Couture Bianchini Atuyer Ferrier, s’investit dans la décoration de vêtements, en poursuivant son œuvre picturale.

Il s’appliqua à répéter un même thème qu’il exploita jusque dans ses derniers retranchements, pour créer de célèbres séries comme il l’avait déjà fait dans le passé. Après les séries de ses « Rues pavoisées » au Havre en 1906, ou de ses « Pêcheurs à la ligne » en 1907-1909, il composa une suite reproduisant ses différents ateliers.

En 1920, il s’installa à Vence et exécuta plusieurs tableaux inspirés par le même sujet, comme il le fit ensuite pour les « Courses » en 1925. Et c’est alors qu’il commença une œuvre importante faite d’aquarelles sur les courses de chevaux. En 1927, à l’orée de sa cinquantaine, il commença à souffrir d’un arthritisme qui alla grandissant jusqu’à sa mort, sans jamais cependant l’empêcher de créer, malgré l’importance des douleurs parfois engendrées par la maladie.

 

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En 1937, il reçut de l’E.D.F. la commande qui contribua à affirmer le succès mondial qui allait devenir le sien. En effet, il décora le pavillon E.D.F. de l’Exposition Universelle avec une peinture impressionnante de soixante mètres de long et de dix mètres de hauteur, qui retraçait l’histoire de la lumière. Cette « Fée électricité » subjugua le public par la qualité des cent vingt cinq personnages savants reproduits sur le tableau, en grandeur nature, et dans tous les thèmes chers à l’artiste : le champêtre, le mythologique, le musical, le mondain et le scientifique.

Cette œuvre pour laquelle DUFY avait travaillé deux ans, dans le mauvais confort d’un hangar froid mis à sa disposition par les mandataires du projet, contribua au développement dramatique des rhumatismes qui le faisaient souffrir. Il poursuivit néanmoins son travail en s’appliquant à créer des lithographies merveilleuses, ainsi que des gravures pour l’illustration de multiples ouvrages comme « Tartarin de Tarascon » d’Alphonse Daudet . Son art s’exprima dans des lithographies en couleurs dont les tons clairs et purs posés en surface, s’unissaient au dessin fait de lignes de couleurs, pour rendre des effets de construction esthétiques qui rappelaient l’influence de Van GOGH.

 

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En 1950, il rejoignit les Etats-Unis pour essayer un nouveau traitement mis au point à base de Cortisone, et en profita pour travailler à New York et à Tucson, avant de rentrer en France, toujours souffrant. En 1952, il se rendit à Venise pour recevoir le Grand Prix de la Biennale, après qu’une importante rétrospective de ses œuvres ait eu lieu à Genève.

Il s’installa alors à Forcalquier, pour achever sa vie comme RENOIR, cloué dans un fauteuil roulant. Il mourut là-bas, dans les Alpes de Haute Provence, le 23 mars 1953, à l’âge de soixante seize ans.

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ALAIN VERMONT


26/01/2011

CASSAT, un clin d'oeil artistique franco-américain

L’américaine Mary CASSAT naquit à Pittsburgh, Pennsylvanie, le 22 mai 1844, au sein d’une famille bourgeoise dont le père était un riche banquier. Après des études à Philadelphie, elle découvrit l’Europe en 1866. Et, de Parme où elle admira les œuvres de CORREGE, elle se rendit en Espagne pour étudier VELASQUEZ, puis en Hollande où elle découvrit Frans HALS, et à Anvers où la peinture de RUBENS la captiva.

En Italie, elle devint l’élève de RAIMONDI durant huit mois, après quoi elle quitta Parme pour aller s’installer à Paris en 1872, et fréquenter l’atelier de CHAPLIN. La vue d’un pastel de DEGAS agit sur elle comme un révélateur. Elle exposa au Salon une première toile intitulée « Au balcon », puis renouvela l’expérience en 1874 avec un tableau que remarqua DEGAS, « Portrait d’Ida ». Elle devint alors l’amie du peintre qui la présenta aux Impressionnistes. En 1877, elle exposa avec eux. Les qualités de luministe de RENOIR l’influencèrent beaucoup. Elle parvint, dans ses sujets, à faire une synthèse du talent de DEGAS, de RENOIR, et de MANET. Elle exprima néanmoins une préférence pour le pastel et la gravure.

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Les enfants, la maternité et les scènes de famille furent les sujets les plus fréquents de ses tableaux. A Paris, en 1890, en compagnie de DEGAS, elle visita une exposition japonaise, et marqua son intérêt pour les estampes. Mais elle employa une technique différente de celle des asiatiques, en utilisant des plaques de métal en lieu et place de leurs plaques de bois, à l’exemple de « La toilette » pour laquelle elle utilisa des couleurs « plates ». Elle contribua ensuite à faire connaître l’art des Impressionnistes aux Etats-Unis. Les membres de sa famille, et leurs amis, achetèrent ainsi un grand nombre d’œuvres d’artistes français.

 

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Devenue aveugle au début de la première guerre mondiale, elle se retira dans son château du Mesnil-Beaufresne, et mourut le 19 juin 1926, à l’âge de quatre vingt deux ans, sans avoir connu le succès, tant en France qu’aux Etats-Unis. A l’exemple de nombre d’œuvres d’artistes ignorés en leur temps, les œuvres de Mary Cassat figurent aujourd’hui dans les grandes ventes internationales, pour une fois encore connaître un succès posthume, lié le plus souvent à certaines «spécificités déconcertantes» du Marché de l’Art.

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Alain VERMONT

 


27/03/2009

van GOGH le Géant

Vincent Willem van GOGH naquit le 30 mars 1853, à Groot-Zundert, en Hollande, où son père officiait comme pasteur. Après une enfance vécue en famille, il devint commis dans la Galerie d’Art Goupil à la Haye, où pendant deux ans, on l’employa à emballer et déballer des tableaux, et des livres. Il commença alors à entretenir une correspondance durable et précise avec son jeune frère Théo, pour lui raconter ses peines et ses joies, et pour lui donner une description rigoureuse de ses premiers tableaux et dessins.

En mai 1873, on le muta dans la succursale de Londres. Son séjour anglais ne fut qu’une suite de déceptions. Un chagrin d’amour, ainsi qu’une mésentente avec son chef hiérarchique, au sujet de sa méthode commerciale, le plongèrent dans une dépression nerveuse. Ce jeune homme grave de vingt deux ans quitta alors Londres pour découvrir Paris, en qualité d’employé de la même galerie. Son séjour parisien d’une année le vit visiter tous les musées, tandis qu’il dévorait de nombreux livres, pour recevoir les influences qui seraient plus tard décisives dans son art.

Dans sa chambre à Montmartre, il étudia la Bible, pour soulager sa conscience torturée par le sentiment de sa médiocrité. Sa sensibilité religieuse exprima alors une foi brûlante qui tourna au fanatisme.

 

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van GOGH à 19 ans.

 

En 1876, van GOGH quitta la capitale française, et retrouva la Hollande pour étudier durant quelques mois la théologie à Amsterdam. Après quoi, il accepta un emploi d’apprenti dans une librairie. Mais son essai d’embrasser une profession bourgeoise ne fut que de courte durée, puisque son caractère insociable le poussa à quitter son travail.

Il partit alors en Belgique, et développa sa vocation religieuse en entrant à l’Ecole Evangélique Missionnaire de Bruxelles. Trois mois plus tard, il s’installa dans le Borinage où il espérait travailler l’esprit d’un christianisme positif, parmi les familles misérables représentées par les mineurs belges. Il partagea leur vie difficile, s’occupa des malades, prit soin des malheureux, et ne s’accorda aucun jour de repos.

 

van GOGH commença alors ses premiers dessins d’après nature, en s’inspirant de MILLET. Malade, il retrouva sa famille installée à Etten, et se remit à dessiner et à peindre l’existence des mineurs. Jusqu’en 1885, il réalisa une œuvre considérable qui représentait le côté humanitaire et sensible de sa nature. Les humbles demeurèrent durant toute sa courte existence ses modèle préférés.

Il peignit alors des paysans, ou des tisserands, en grand nombre. Ses multiples portraits d’hommes rudes et moroses, comme « Les mangeurs de pommes de terre », exprimèrent alors une tristesse intense qui apparut même dans ses paysages, ou dans ses compositions florales. Ses couleurs sombres et mornes du moment ne laissaient en rien présager la lumière de ses œuvres ultérieures. Son réalisme d’alors représenta la vie rurale comme une existence noire, sans aucune perspective de bonheur à l’horizon.

 

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Le Moulin de la Galette, 1886.
Huile/toile, 61 x 50 cm.

 

En 1885, après la mort de son père, il effectua un séjour de trois mois à Anvers, durant lequel il travailla à l’Académie, ainsi qu’à l’Ecole de Dessin. Son frère Théo, devenu entre-temps directeur de la Galerie Goupil à Paris, lui assura les moyens de subvenir à ses modestes besoins. van GOGH commença alors à éclaircir sa palette, en goûtant à la gaieté de la vie flamande. Ses visites au Musée des Beaux-Arts, et sa découverte des estampes japonaises chez un marchand flamand, provoquèrent en lui un revirement décisif. Il en acheta quelques unes, et les suspendit dans sa chambre. Les coloris clairs de ces gravures sur bois le séduisirent tellement qu’il restait assis pendant des heures pour les admirer.

 

Un monde nouveau s’ouvrit à lui, plus lumineux, et dont l’intimité et la cohésion fascinèrent son esprit. Sa décision prise, il rejoignit rapidement Paris, pour retrouver son frère Théo. Sa découverte des Impressionnistes le frappa vivement. Il décida de parfaire ses connaissances et sa technique, et sur les conseils de son frère, entra à l’Atelier CORMON en juillet 1886. Là, il peignit comme un forcené, des natures mortes de fleurs, des scènes de rue et des portraits. Son coup de pinceau s’allégea, et sa palette s’éclaircit de plus en plus. Et sous la double influence des Impressionnistes et des estampes japonaises, il révolutionna son art personnel.

Il transposa à l’huile le « Pont sous la pluie » d’HIROSHIGE, en partageant les mêmes convictions que TOULOUSE-LAUTREC qu’il venait de rencontrer.

Il créa des paysages ensoleillés par des tons clairs et vibrants, et durant une vingtaine de mois, réalisa plus de deux cents tableaux, selon la technique Impressionniste qu’il expérimenta jusqu’au Pointillisme. Il rencontra alors GAUGUIN, et son vieux malaise le reprit. Fatigué de la vie parisienne, il partit pour Arles en février 1888, sur les conseils de TOULOUSE-LAUTREC qui lui avait assuré qu’il pourrait découvrir là-bas une lumière nouvelle.

 

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Bords de Seine, 1887.
Huile/toile, 32 x 46 cm.

 

van GOGH révéla alors tout son génie devant les frais paysages printaniers de la Provence. Il travailla comme un enragé, peignant même la nuit. La beauté des femmes méridionales, l’insouciance des hommes à l’heure de l’absinthe, et la splendeur de cette lumière ardente qui baignait le paysage, l’enchantèrent. Il découvrit les tournesols qui devinrent ses fleurs préférées, et qu’il déclina en plusieurs tableaux.

Les théories parisiennes de l’Impressionnisme lui apparurent dès lors comme des constructions artificielles, au regard de l’opulence imposante de la nature qui l’environnait. Il désirait fixer la vie dans son mouvement, et dans toute sa fraîcheur, comme il la percevait.

Il s’épuisa au travail, réalisant des centaines de tableaux, et de dessins exécutés à la plume de roseau. La faim le tortura souvent, et il souffrit d’hallucinations. La pensée de la mort le hanta. Il ne parvint pas à vendre ses tableaux, alors qu’à Paris, les Impressionnistes obtenaient maintenant de beaux succès.

van GOGH n’était plus des leurs, il était devenu un inconnu dont la peinture ne correspondait pas aux normes officielles du moment. Dans sa solitude, il invita alors GAUGUIN à venir le rejoindre en Arles. Mais la cohabitation s’avéra désastreuse. Leurs caractères étaient diamétralement opposés, et leurs goûts différents provoquèrent des heurts fréquents.

 

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La Seine et le Pont de Clichy, 1887.
Huile/toile, 50 x 60 cm.

 

La veille de Noël, après une violente dispute, van GOGH lança un verre à la tête de GAUGUIN qui heureusement s’en tira avec une blessure superficielle. Mais le lendemain, van GOGH qui avait suivi secrètement GAUGUIN dans sa promenade, se trancha l’oreille avec un rasoir, lorsque ce dernier se retourna pour lui faire face. van GOGH enveloppa alors son oreille coupée dans un mouchoir, et la déposa durant la nuit dans une maison close. A la suite de cet incident, GAUGUIN décida de quitter Arles.

Le 8 mai 1889, van GOGH fut interné avec son consentement à l’Institut Saint Pol de Mausole, à Saint-Rémy-de-Provence, où on lui attribua une chambre supplémentaire en guise d’atelier. Entouré de fous, il peignit plus de trente cinq tableaux, et produisit des centaines de dessins représentant les oliveraies, le fauchage des blés, ou les Alpilles.

 

Les troubles de son esprit devinrent plus fréquents, mais sa puissance créatrice demeura intacte. Sa peinture évolua alors vers le Néo-Impressionnisme, en ne reflétant plus l’éclat du soleil, et les couleurs de sa palette s’assombrirent. Son coup de pinceau moins équilibré devint plus large, et d’une audace inouïe. Il copia même les grands maîtres comme MILLET, REMBRANDT ou DELACROIX.

Son esprit demeurait altéré par sa folie étrange, et le 17 mai 1890, son frère Théo qui ne l’avait jamais abandonné, le fit transférer, sur les conseils de PISSARRO, dans la clinique du Docteur Gachet à Auvers-sur-Oise, afin que ce dernier « l’examine et l’observe à fond ». Là, l’atmosphère conviviale agit sur lui d’une manière bienfaisante. Il recommença à peindre avec enthousiasme dans les paysages alentour.

Ainsi naquirent les « Grands champs ondulés », ou des portraits comme celui du Docteur Gachet, ou de sa fille. Sa dernière composition fut un « Champ de blé aux corbeaux », ces corbeaux qui lui donnèrent l’idée d’emprunter un revolver, car il voulait, mentit-il, en abattre quelques uns. Alors, dans un moment de liberté au cours duquel on ne le surveillait pas, il se rendit dans le champ indiqué, et s’appuya contre un arbre, pour se tirer une balle dans la poitrine.

 

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Le Canal de Vigueirat au Pont de Gleize, 1888.
Huile/toile, 46 x 49 cm.

 

van GOGH rentra ensanglanté à l’auberge où il prenait maintenant pension depuis qu’il avait quitté le Docteur Gachet pour mésentente, pour agoniser durant deux jours, dans les bras de Théo arrivé rapidement sur les lieux.

Et c’est ainsi que, celui qui fut le précurseur des Fauves et des Expressionnistes, mourut le 29 juillet 1890, à l’âge de trente sept ans, après cette longue misère morale durant laquelle il ne vendit qu’un seul tableau, les Vignes Rouges.

Il demeure l’un des trois grands maîtres qui, malgré les plus dures privations, et au travers de nombreuses années de désespoir, opposa à l’Académisme figé du 19ème siècle, et avec une énergie et une opiniâtreté surhumaines, un art nouveau issu de la vie véritable, et puisé dans sa beauté profonde. Sa disparition n'entraîna pas la naissance d’artistes à même de peindre dans son esprit, et selon ses préceptes. Mais son art exerça ensuite une influence déterminante sur les Mouvements qui suivirent.

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Alain VERMONT

 

 


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20/03/2009

CEZANNE : L'Artiste torturé

 

 

Paul CEZANNE naquit le 19 janvier 1839 à Aix-en-Provence. Son père, qui était chapelier, racheta une banque aixoise en faillite, et fonda avec un associé, en 1848, la banque Cézanne et Cabassol. Au collège Bourbon, le fils Cézanne devint l’ami d’Emile Zola. Parallèlement à ses études, il prit des cours de dessin pour obtenir un deuxième prix en 1858, alors qu’il réussissait son baccalauréat avec mention.

 

Zola quitta Aix-en-Provence pour aller s’installer à Paris. CEZANNE s’inscrivit alors à la Faculté de Droit pour poursuivre ses études, bien que l’appel du pinceau fût déjà omniprésent. Et le « Jas de Bouffan » que son père acheta en 1859 dans la campagne aixoise, devint le premier atelier de l’artiste qui fréquenta par ailleurs le sculpteur SOLARI, et le peintre Achille EMPERAIRE.

Cezanne négligea alors ses études juridiques, et ne rêva que de s’installer à Paris, après les invitations lancées par Zola. Marquant son désaccord, mais contraint par sa femme de se rendre à l’évidence, le banquier consentit enfin à installer son fils dans la capitale, en 1861. CEZANNE logea alors dans une chambre de la rue des Feuillantines, pour suivre les cours de l’Académie Suisse où il rencontra GUILLAUMIN et PISSARRO dont la peinture le ravit.

 

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La Montagne Sainte Victoire au Grand Pin, 1886/88.
Huile/toile 66 x 90 cm.
 
 
 
 

On lui refusa l’entrée à l’Ecole des Beaux-Arts parce que ses travaux n’étaient pas assez dominés, bien qu’ils révélassent un réel talent de coloriste. Il ajouta à cette déconvenue des embarras financiers qui le poussèrent à retourner à Aix où il accepta un emploi dans la banque familiale. Il continua cependant de peindre et de dessiner, en décorant les murs du « Jas de Bouffan », avec les « Quatre saisons ».

 

En novembre 1862, il séjourna de nouveau à Paris, pour retrouver l’Académie Suisse où il se lia avec BAZILLE, MONET, SISLEY et RENOIR. Il admira alors les tableaux de COURBET et de DELACROIX, et reçut d’eux une telle influence, qu’il resta à jamais imprégné par cet art qui l’empêcha toujours de se diriger dans la démarche de l’Impressionnisme de ses amis.

Il peignit des portraits, puis des compositions d’inspiration romantique qui frôlent la caricature, très sombres, et dans lesquels ne figurent pas ses chefs-d’œuvre.

 

Son auto-critique presque maladive le tourmenta sans cesse. Il changea très souvent de logement, et n’éprouva pas dans son travail un sentiment de satisfaction. Même la compagnie de ses amis ZOLA, MONET ou RENOIR qu’il retrouvait parfois au Café Guerbois, ne lui apporta pas l’apaisement souhaité. Ces derniers, trop préoccupés eux-mêmes par leurs problèmes, ne l’encouragèrent pas assez à persévérer dans le chemin où il s’était engagé. Ses tableaux furent régulièrement refusés au Salon.

 

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Les Joueurs de cartes, 1890/92.
Huile/toile, 47,5 x 57 cm.

 

Découragé, il revint à Aix en 1864, et jusqu’en 1870, se partagea ainsi entre la capitale et sa ville natale. En 1867 son tableau « Grog au vin » fut de nouveau refusé par le Salon. Lorsque la guerre franco-allemande éclata, il se réfugia à l’Estaque, près de Marseille, avec un jeune modèle, Marie-Hortense Fiquet, qui devint plus tard sa femme.

Sa peinture, plus ou moins inspirée par le TINTORET, GOYA ou DAUMIER, se signale par la force de l’expression, comme « L’autopsie » ou « La moderne Olympia ».

Après la chute de la Commune, il revint à Paris en 1871. L’année suivante, alors que naissait son fils Paul, il rejoignit PISSARRO à Pontoise. Puis, avec son aîné qu’il admirait tant, il s’installa à Auvers-sur-Oise en 1873, pour rencontrer alors le mécène des Impressionnistes, le Docteur Gachet. Dans cette période de deux années, il peignit de nombreux paysages, parmi lesquels la « Maison du docteur Gachet », en éclaircissant sensiblement sa palette.

En 1874, PISSARRO l’imposa à la première exposition des Impressionnistes chez NADAR. Il accrocha là quelques toiles comme la « Maison du pendu » ou « Paysage à Auvers ».

 

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Nature Morte au rideau, 1896/99.
Huile/toile, 53 x 72 cm.

 

Sa peinture devint ce jour-là l’objet de la plus grande risée du public qui cria au scandale. Il reçut néanmoins le soutien du Docteur Gachet qui lui fit vendre quelques tableaux dans son entourage. Il commença alors une intense période de travail qui le fit s’éloigner de ses influences Impressionnistes. Il abandonna peu à peu la peinture par touches de couleurs distinctes, et la division des tons, pour s’orienter vers de larges surfaces grâce auxquelles il parvint à une unité de construction plus structurée.

En 1876, il renonça à l’exposition des Impressionnistes qu’il retrouva l’année suivante pour y accrocher seize tableaux. Le résultat fut catastrophique, et son père qui n’admettait ni sa vocation, ni sa liaison avec Hortense, lui retira ses subsides mensuels. Zola l’aida alors matériellement, mais CEZANNE s’enferma dans une misanthropie qui entraîna peu à peu la fuite de ses amis Impressionnistes.

 

Le peintre GUILLEMET qui appréciait sa peinture, parvint à l’imposer au Salon de 1882. Durant la même année, CEZANNE quitta Paris pour s’installer définitivement en Provence où le visitèrent parfois RENOIR et MONET. En 1883, il fit la connaissance de MONTICELLI, et peignit en sa compagnie dans la région de Gardanne. Il retrouva parfois la capitale pour de brefs séjours, et épousa Hortense en 1886, lorsque son père mourut en lui léguant une fortune de deux millions de l’époque.

Il se fâcha alors avec Zola qui venait de publier « L’œuvre », en s’inspirant de lui pour décrire dans son livre le personnage du « peintre raté ». En 1888, CEZANNE s’installa à Paris pour deux ans, et fréquenta VAN GOGH, GAUGUIN et Emile BERNARD, le Nabi. Mais en 1891, sa misanthropie s’accrût sous les fortes poussées du diabète qui le rongeait. A l’automne 1894, il séjourna chez MONET à Giverny et rencontra alors RODIN. Dans un accès de colère, et sans raison particulière, il se brouilla avec MONET. En 1895, le marchand Ambroise Vollard lui offrit une première exposition qui regroupait ses dix dernières années de création. Ses meilleurs chefs-d’œuvre furent exposés là, comme « Le vase bleu », « La commode », ou les « Joueurs de carte ».

 

En 1899, Vollard organisa une nouvelle exposition de CEZANNE, rue Laffitte, et dans laquelle se côtoyaient cent soixante œuvres de l’artiste. La presse et le public exprimèrent alors une vive réaction, mais les amateurs d’art apprécièrent la cohésion de l’ensemble en achetant sept tableaux. Plusieurs expositions, comme celle de Bruxelles en 1901, le rendirent finalement célèbre.

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Grandes Baigneuses II, 1894/1905.
Huile/toile, 130 x 193 cm.

 

Malgré leur brouille, il resta très affecté par la mort de Zola en 1902. Il apprécia ensuite sa victoire définitive sur les « Officiels », lorsque le Salon d’Automne lui consacra une salle entière en 1904. L’année suivante, le même Salon honora de nouveau sa peinture, et Cézanne acheva les « Grandes baigneuses » sur lesquelles il travaillait depuis sept ans. Séparé de sa femme et de son fils depuis la mort de sa mère en 1898, il habita un appartement d’Aix, en poursuivant son œuvre puisqu’il s’était juré de « mourir en peignant ».

Le 15 octobre 1906, alors qu’il composait un « Cabanon dans la campagne aixoise », il fut surpris par un orage, et attrapa une pneumonie dont il mourut le 22 octobre 1906, chez lui, à l’âge de soixante cinq ans, après avoir reçu les derniers sacrements.

 

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Alain VERMONT

 

 


 


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14/03/2009

CAILLEBOTTE l'Artiste Mécène

Gustave CAILLEBOTTE naquit à Paris le 19 août 1848. Il demeure encore aujourd’hui le parent oublié de cette époque qui donna naissance à la Peinture Moderne, par le truchement de l’Impressionnisme.

 

En 1873, il fut reçu à l’Ecole Nationale des Beaux-Arts, et devint l’élève de BONNAT qui enseignait à l’Académie, et dans son atelier personnel. Une année plus tard, après avoir abandonné l’Institution Académique, et s’être retiré à Argenteuil pour exploiter une construction navale, il rencontra MONET qui devint son ami.

Le jeune artiste s’engagea alors dans le Groupe des Impressionnistes. Il participa à plusieurs de leurs expositions, et accrocha ses tableaux aux côtés des leurs.

De sa fortune personnelle, il se servit pour aider ses amis, MONET, RENOIR, SISLEY et PISSARRO, en leur achetant régulièrement des tableaux. Pour sa part, il peignit le réalisme de la vie des travailleurs, ainsi que de nombreuses vues de Paris, comme le « Pont de l’Europe ». Très longtemps, il ne fut connu du grand public que pour une seule composition intitulée « Les raboteurs de parquet ».

 

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Le Pont de l'Europe.
Huile/toile.

 

CAILLEBOTTE s’appliqua à composer des vues plongeantes des Grands Boulevards, prises des fenêtres de son appartement, en exprimant une construction géométrique précise. Sa mise en page rappelle DEGAS ou PISSARRO, et sa lumière n’est pas éloignée de cette de RENOIR ou SISLEY.

Il refusa de participer à la sixième exposition des Impressionnistes, principalement dominée par DEGAS qui déjà ne partageait plus les mêmes idées que MONET et RENOIR.

 

CAILLEBOTTE s’établit sur les bords de Seine, et devint maire-adjoint de Gennevilliers. Il partagea alors son temps entre sa peinture qui révéla d’excellentes toiles représentant les paysages du fleuve, et l’administration de sa commune où il était très apprécié. Hormis  l’activité de ses pinceaux, le yachting représenta pour lui un loisir constant.

 

En 1876, célibataire incorrigible, il rédigea son testament en faveur de l’état, en précisant que sa collection de tableaux Impressionnistes devait rester indivisible, pour être accueillie au Luxembourg, puis au Louvre.

Le 21 février 1894, il mourut à Gennevilliers, victime d’une congestion cérébrale, à l’âge de quarante six ans, sans se douter que ses dernières volontés ne seraient que partiellement respectées.

 

En effet, des soixante cinq toiles Impressionnistes de sa collection, quarante seulement furent admises par l'Académie, pour ensuite figurer au Musée du Jeu de Paume, avant de connaître le Louvre plus tard, puis le Musée d’Orsay.

 

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Les Raboteurs de parquet.
Huile/toile.

 

Le peintre officiel de l’époque, Gérôme, ainsi que les professeurs des Beaux-Arts s’étaient ligués pour interdire l’entrée des Impressionnistes au Louvre, en menaçant de démissionner. Le Comité Consultatif des Musées fut alors, sous la pression énergique de Clemenceau, et sous la pression de la fidèle reconnaissance de RENOIR qui était l’exécuteur testamentaire, dans l’obligation de respecter, mais seulement en partie, la mémoire de l’artiste, en n’acceptant que la moitié des MONET et des CEZANNE de cette majestueuse collection !

En fait, il faudra attendre la rétrospective parisienne honorant le centenaire de sa disparition, pour que le grand public rencontre enfin celui qui jadis, avait su en dehors de son talent personnel, apprécier dans son entier, l’art de ses contemporains Impressionnistes.

 

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Alain VERMONT

 

 


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23/02/2009

BERTHE MORISOT, une rareté féminine dans le Monde de l'Art

 

Berthe Marie-Pauline MORISOT naquit à Bourges le 14 janvier 1841, dans une famille aisée puisque son père exerçait les fonctions de Préfet de la Haute-Vienne. Seule femme du groupe des Impressionnistes, elle exprima dès l’enfance son attirance pour le crayon, en prenant des cours chez un peintre modeste qui s’appelait CHOCARNE. Un peu plus tard, un autre artiste, GUICHARD, plus talentueux que son précédent professeur, après lui avoir enseigné quelques rudiments du métier, la poussa vers le Louvre où, en compagnie de sa sœur, elle copia les grands maîtres du passé. Son rêve de devenir l’élève de COROT se concrétisa à sa majorité. Et de 1862 à 1868, elle travailla avec lui à Ville-d’Avray, et reçut son influence, particulièrement dans ses premiers paysages.

 

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Jour d'été, 1879.
Huile/toile, 46 x 75 cm.

 

Avec sa sœur, elle rencontra ensuite FANTIN-LATOUR, puis MANET de qui elle épousa le frère, Eugène. En 1865, elle exposa deux toiles au Salon, « Etude » et « Nature morte ». La critique remarqua alors sa personnalité de femme-artiste. En 1867, son art reproduisit Paris, et l’entraîna de nouveau au Salon où elle exposa une « Vue de Paris prise des hauteurs du Trocadéro ». Le public la découvrit enfin.

Elle posa alors pour MANET qui réalisa le « Balcon ». En 1874, elle participa à la première exposition des Impressionnistes chez NADAR. Sa peinture délaissa alors les portraits intimistes pour s’orienter vers des créations en plein air, telles les « Roses trémières » ou les « Paysages de Bougival ». Elle parvint à concilier facilement sa vie de famille et son activité d’artiste-peintre, en organisant fréquemment chez elle des réunions qui recevaient RENOIR, DEGAS, MONET et le poète Stéphane Mallarmé.

 

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Jeunes filles en bateau, avec oies, vers 1889.
Huile/toile, 65 x 54 cm.
 
 
 
 
 
 

En 1881, elle visita l’Italie pour transcrire dans ses toiles des tons orangés qui la rattachèrent un peu plus à l’Impressionnisme. Puis, de 1885 à 1895, elle tomba amoureuse de la région niçoise pour peindre alors beaucoup de tableaux divers. La division des couleurs par petites taches lui parut moins importante que certaines colorations claires dans les jeux de lumière. Elle exprima une spiritualité tendant vers une unité plus marquée dans la construction. Elle se transporta également en Touraine pour poursuivre son cheminement vers une luminosité plastique des couleurs. Pendant l’été 1894, elle peignit des marines et des aquarelles à Pontrieux. La disparition de son mari entraîna une tristesse secrète qu’elle exprima par une touche moins coloriste.

 

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Dans la salle à manger, 1888.
Huile/toile, 61 x 50 cm.
 
 

Elle mourut le 2 mars 1895 à Paris, à l’âge de cinquante quatre ans, en laissant derrière elle un œuvre important, et le souvenir d’une femme-artiste aimable et raffinée, cultivée et authentique. On se souvient même de l’influence qu’elle eut sur MANET lorsque celui-ci se mit à peindre d’après nature, en éclaircissant une palette restée longtemps sombre.

 

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Alain VERMONT


 


 


05/02/2009

DEGAS, ou l'Art du trait

Hilaire Germain Edgar DE GAS, dit DEGAS, naquit à Paris le 19 juillet 1834. Son père, banquier, lui offrit une enfance bourgeoise. Après des études au lycée Louis Legrand, il commença la Faculté de Droit pour rapidement s’orienter vers sa vocation. Il entreprit son apprentissage dans l’atelier de LAMOTHE, après un bref passage chez le peintre BARRIAS. Il subit alors l’influence d’INGRES, et devint élève des Beaux-Arts, en se rendant régulièrement au Louvre où il exécuta lui aussi des copies.

 

En 1854, il visita Naples et ses musées, puis retourna en Italie deux ans plus tard, pour admirer Florence. En 1858, ses voyages dans la péninsule italienne le transportèrent à Rome et à Orvieto où il copia les fresques de Lucas SIGNORELLI, avant de retrouver Florence où il commença son tableau « La famille Bellelli ».

Ses premières œuvres personnelles s’apparentent au genre de la peinture d’histoire, telle « Sémiramis construisant Babylone », exécutée en 1861.

 

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L'Absinthe, 1876.
Huile/toile 92 x 68 cm.

 

De 1860 à 1865, sous l’influence d’INGRES et des Maîtres Italiens, il se consacra à la peinture mythologique et historique. Son style se chercha alors dans des compositions académiques et laborieuses. En 1865, il rencontra MANET et le groupe du Café Guerbois. Dès lors, ses intérêts évoluèrent, et la vie de tous les jours devint le sujet de ses tableaux. Il s’engagea durant la guerre de 1870, puis se rendit en Amérique pour retrouver son frère. Là-bas, il peignit plusieurs tableaux, notamment en Louisiane, dans lesquels transparaît tout son sens de l’observation. Le « Bureau de coton à la Nouvelle-Orléans », exprime dans sa composition étonnante toute sa personnalité.

DEGAS commença en 1872 à fréquenter les artistes de l’Opéra grâce au parrainage de Désiré Dihau, l’un des musiciens de l’orchestre.

 

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Danseuses Roses, 1895.
Pastel, 68 x 56 cm.

 

C’est alors que ses pinceaux s’appliquèrent à décrire le monde de l’Opéra avec une surprenante vérité.

Ces toiles dévoilent les mouvements des écoles de ballets et l’ambiance des orchestres. Sa précision parfois photographique n’en exprime pas moins une savante désinvolture à l’égard du dessin, ainsi qu’une étonnante originalité des cadrages. Sa subtile observation des sources de lumière confèra à ses tableaux une nouveauté absolue qui fait presque figure de découverte.

En 1874, DEGAS rejoignit le Mouvement des Impressionnistes, pour participer avec eux à la première exposition chez NADAR. Il en devint même l’un des organisateurs. Cependant, bien qu’il fût leur compagnon, il accepta difficilement d’être classé dans leur Mouvement. Il ne partageait pas leur enthousiasme pour la nature représentée dans une infinie variété d’atmosphères. DEGAS ne concevait pas non plus leur spontanéité à noter sommairement sur la toile certaines impressions joyeuses. Son art à lui fut toujours médité, et intellectuel, mille fois repensé dans le calme de son atelier. DEGAS se préoccupait d’abord du style, et de la ligne qui selon lui devait figer le geste, le mouvement ou l’expression.

Il résida alors pendant plus de vingt ans, à Montmartre, rue Victor Massé. Et dans son logement au désordre poussiéreux, figurèrent des tableaux de COROT, MANET, CEZANNE, GAUGUIN, INGRES et DELACROIX.

 

Il composa sa peinture en échappant complètement au lyrisme de la nature, en recherchant la vérité dans les scènes de la vie qui retenaient son attention, et qui parfois exprimaient cynisme ou férocité. Les intérieurs des cafés, des théâtres ou des boutiques devinrent pour lui des sujets à peindre, comme « Le pédicure » en 1873, ou « L’absinthe » vers 1876.

 

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Femme se coiffant, 1887/1890.
Pastel, 82 x 57 cm.

 

On remarque toujours une ironie détachée dans ses peintures, ou une recherche curieuse des mouvements les plus imprévus de la vie contemporaine.

DEGAS s’attardait sur les images de femmes à leur toilette, pour laisser deviner toute sa misogynie du célibataire grognon. Les danseuses et les petits rats de l’Opéra trouvèrent là leur poète. Un poète cruel qui saisit leurs gestes les plus intimes, les plus normaux. Il révéla alors dans ses tableaux une richesse éloquente de poses et d’attitudes qui s’organisaient en structures rythmiques.

Le destin de sa vie s’attaqua à lui en le rendant aveugle, et durant ses dernières années d’existence, ce misanthrope solitaire ne fut plus en mesure d’exprimer sur la toile ou sur le papier, ce talent de dessinateur qui était le sien. Il réussit cependant à produire des sculptures d’une saisissante présence, toujours obsédé par le geste. Il mourut à Paris, le 26 septembre 1917, à l’âge de quatre vingt trois ans.

 

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Alain VERMONT