24/05/2012

L'ABSTRACTION et son Devenir

 

Force est de constater qu’aujourd’hui, et après avoir subi, tant au début du siècle dernier, qu’entre les deux guerres mondiales, nombre de jugements dévalorisants, la Peinture Abstraite représente une très grand part dans la création plastique actuelle.

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VASARELY

La renonciation à la représentation reflète la vision imaginaire de l’artiste qui vit avec son époque, en créant des œuvres d’art qui enrichissent la sensibilité artistique, en exposant leurs "impossibles" déterminations.

L'Art Abstrait répond-il aujourd'hui au besoin historique d'approcher le Réel Terrestre par des voies autres que celles du réalisme traditionnel qui a peut-être démontré une certaine incomplétude à rendre compte, au siècle dernier, de la nouvelle existence humaine engendrée par le progrès toujours plus dévorant ?

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HARTUNG

Dans l’éventail important constitué par les nombreuses tendances de l’Art Abstrait, il demeure impératif de citer les artistes internationalement reconnus qui ont contribué à donner ses lettres de noblesse à cette peinture aujourd’hui si représentative de l’Art Moderne et Contemporain. Dans l’Abstraction-Création fondée en 1931, retenons les noms d’Auguste HERBIN (1882-1960), déjà cité précédemment dans le Mouvement Fauve, et de Jean HELION (1904-1987).

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DELAUNAY

En ce qui concerne l’Abstraction Lyrique qui prit aussi l’appellation d’Art Informel ou de Tachisme, selon l’évolution des formes des compositions, il faut citer Jean-Michel ATLAN (1913-1960), Camille BRYEN (1907-1977), Hans HARTUNG (1904-1989) et Jean-Paul RIOPELLE (1923-2002). Dans la tendance de l’Art Non-Figuratif baptisé ainsi par BAZAINE dans les années 40, il faut mettre en avant le nom de Maurice ESTEVE (1900-1969).

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MALEVITCH

L’Art Brut, désigné ainsi en 1945 par Jean DUBUFFET, s’entoure des noms d’artistes au talent reconnu comme Gaston CHAISSAC (1910-1964) ou Robert TATIN (1902-1983). En ce qui concerne l’Art Informel représenté par Jean FAUTRIER (1898-1964), ajoutons les noms de l’allemand Otto WOLS (1913-1951), des français Pierre SOULAGES (1919), Gérard SCHNEIDER (1896-1986) et Olivier DEBRE (1920-1999), de l’espagnol Antoni TAPIES (1923-2012), et des américains Mark TOBEY (1890-1976) et Sam FRANCIS (1923-1994). Achevons cette trop rapide explication par les artistes qui ont rendu célèbre l’Art Minimal, et en particulier les américains Sol LEWIT (1928-2007), Frank STELLA (1936) et Kenneth NOLAND (1924-2010).

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Alain VERMONT

 

 

29/01/2010

POLLOCK, Le Génie Souffrance

 

Chef de file de la Peinture Gestuelle Américaine, Paul Jackson POLLOCK naquit à Cody, dans le Wyoming, en 1912. Après une enfance passée dans l’Arizona, puis en Californie, il commença à l’âge de treize ans à étudier la peinture et la sculpture à la « Manual Art School » de Los Angeles, qui le renvoya après deux ans d’études. En 1929, il s’installa à New York durant la crise qui secoua le pays, et devint l’élève de BENTON à l’ « Art Student’s League ».

 

Deux années plus tard, il quitta son professeur pour s’intéresser à l’Art Indien dans lequel il retint l’image du totem, ainsi que la peinture sur sable. Il effectua dans le même temps de nombreux voyages sur le continent américain, et découvrit la Peinture Muraliste Mexicaine née à la suite de la révolution de 1910. Il réalisa alors des carnets de croquis d’après les grands Maîtres baroques du passé, tels MICHEL-ANGE, Le TINTORET ou Le GRECO, pour témoigner ainsi de sa maîtrise du dessin. Dès 1936, sa peinture s’éloigna de la ressemblance avec la réalité, au travers de l’Expressionnisme qui caractérisa certains de ses tableaux, comme le « Paysage avec un cavalier » réalisé en 1934 déjà, ou la « Flamme » exécutée en 1937. Son admiration pour PICASSO et MIRO se ressentit alors dans sa peinture qui refléta un brassage de nombreuses influences, comme celle de l’Expressionnisme Abstrait Allemand exporté aux Etats-Unis, ou celle du Surréalisme arrivé en Amérique dès le début de la deuxième guerre mondiale.

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Sam Hunter décrivit l’art de POLLOCK dans cette période particulière de la manière suivante : « Il a conservé des fragments de l’imagerie anatomique de PICASSO et des souvenirs déformés du Bestiaire Surréaliste, le tout dans un thème d’arabesques jamais en arrêt qui semblent jouer automatiquement et nous rappellent MIRO ou MASSON ».

Dans ses premières œuvres datant du début des années trente, POLLOCK abandonna la rigueur académique pour créer dans ses tableaux des empâtements nouveaux pour l’époque.

Son tempérament exalté et son amour immodéré pour l’alcool se conjuguèrent alors pour exprimer une frénésie et une dimension qui l’assimilèrent aux grands Peintres Muralistes Mexicains, avant que devînt décisive sa rencontre avec les artistes Surréalistes exilés aux Etats-Unis pendant la seconde guerre mondiale. Ensuite, durant les années quarante, son art acquit une violence soudaine autant qu’étrange. Il créa ses tableaux en triturant la pâte avec frénésie, et en multipliant les lignes sinueuses qui se fondirent dans d’inextricables écheveaux, pour évoquer dans un mode hallucinatoire à la limite de l’Abstraction, des figures mythiques qui ne furent que le symbole de sa propre révolte.

 

Mais malgré le lien qui le rapprochait des Surréalistes, de PICASSO ou MIRO, POLLOCK ressentit la nécessité de rompre avec la tradition européenne. Après s’être tourné vers les civilisations indiennes, il « plongea » dans la création d’œuvres qui furent à l’image de l’immensité américaine. Il devint alors le représentant le plus radical de la Peinture Gestuelle.

Ses tableaux, souvent composés à même le sol par des projections de peinture faites au travers d’une boîte de conserve percée (dripping), ou par l’aide d’instruments aussi divers que les brosses ou les bâtons, devinrent le reflet de sa spontanéité, en exprimant des textures uniformes, des entrelacements de lignes sans fin, ou des giclures, ou des taches qui firent oublier toute idée de composition.

Et cette nouvelle peinture qui n’avait plus d’autre référence que son existence elle-même, atteignit une intensité extraordinaire, liée à une charge émotionnelle expressive révélant une présence physique qui dépassa toutes les limites atteintes jusque là par les créateurs. POLLOCK « épousait » sa toile, et pénétrait dans son « intérieur peint ». Le tableau apparut comme un matériau brut dans lequel il imposait ses pulsions les plus intimes.

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Son Art devint alors le point de départ de l’Art Moderne Américain, pour exprimer les éléments spécifiques qui traduisent la dimension du nouveau monde : le gigantisme des constructions, la violence et la vitesse de cette vie américaine sans égale.

Ses grands formats réalisés à partir de 1942 retinrent l’attention de Peggy Guggenheim qui lui organisa une exposition individuelle l’année suivante. En 1944, il épousa Lee Krasner et se fixa à long Island. Suivirent alors de nombreuses expositions collectives d’Art Américain auxquelles POLLOCK apporta sa participation, tant aux Etats-Unis qu’en Europe où ses œuvres furent exposées, surtout après sa mort.

A la fin des années 40, sa peinture devint véritablement Abstraite pour s’exprimer dans des formats gigantesques qui reflétaient plus une expression corporelle qu’un simple graphisme. Les dimensions impressionnantes des supports sur lesquels composa l’artiste, épousèrent parfaitement la grande multiplicité des gestes du corps de POLLOCK qui se comparait à un arbre fruitier donnant naturellement des fruits, en décrivant ainsi sa technique : « Ma peinture ne vient pas du chevalet. Il arrive rarement que je tende la toile avant de peindre. Je préfère l’appliquer au mur contre la paroi dure ou l’étendre par terre. Je suis plus à mon aise pour travailler à terre. Je me sens alors plus proche de la peinture, faisant partie d’elle en quelque sorte, parce que je peux me promener autour, travailler des quatre côtés et entrer littéralement dedans. Je continue à m’éloigner de plus en plus des outils usuels du peintre tels que chevalet, palette, brosses, etc… Je préfère les bâtons, truelles, couteaux, la peinture fluide que je laisse couler, une pâte épaisse avec du sable, du verre pilé et autres matières habituellement étrangères à la peinture ».

 

Au début des années 50, rongé par l’alcool, POLLOCK intégra de nouveau des figures mythiques dans ses œuvres qui se fondèrent ensuite sur des raisonnements plastiques éclipsant les seules effusions mystiques. Il se remit en question dans sa peinture pour revenir à la sobriété du noir et du blanc, avant de retrouver les couleurs disposées sur des formats géants représentant les dimensions démesurées du monde américain, telles celles des plaines de l’Arizona, ou celles des profondeurs du Grand Canyon, et avant de créer des formes circulaires, et d’employer sobrement des gris et des blancs en 1953-54.

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Ces trois dernières périodes hésitantes de sa vie furent suivies de longues séquences d’inaction et d’inquiétude qui aboutirent à une mort accidentelle à Southampton, près de New York, le 11 août 1956, lorsqu’il se tua en voiture à l’âge de quarante quatre ans, en laissant s’exprimer, tel un suicide voulu, les divagations de son impressionnante ivresse du moment.

 

Je conseille vivement aux amateurs de la Peinture de Pollock, d’acheter le DVD du film « POLLOCK », produit, réalisé et interprété par l’acteur américain Ed Harris, étonnant de mimétisme, et qui s’est investi durant plusieurs années dans l’ « apprentissage » de son rôle, pour camper d’une manière extraordinaire le personnage si particulier de Pollock, et lui redonner vie, par le truchement d’une gestuelle-peinture époustoufflante.

 

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Alain VERMONT