15/10/2011

HERBIN, un artiste fécond

Auguste HERBIN (1882-1960) : Un maître à redécouvrir.

Aujourd’hui méconnu, l’art de celui qui agita au début du 20ème siècle le carcan de la tradition picturale alors essoufflée, demeure une somme considérable de travail, de recherches et d’abnégation. Car celui qui s’est attaché sa vie durant, et avec force conviction, à la liberté d’expression artistique qui reste le seul garant de la création dans son sens le plus humain, donc fragile, a produit un œuvre personnel, riche et intemporel.

Artiste sincère, Herbin puisa les prémices de son talent futur à la source de sa jeunesse, expression de ses premiers travaux qui en 1900-1902 apparentaient son art à celui de l’Impressionnisme et du Divisionnisme, pour offrir à l’œil des compositions déjà sérieusement construites, dans un coloris chatoyant et expressif comme le révéla « Le paysage nocturne à Lille ».

Rigoureux, et exigeant avec lui-même, Herbin quitta les Beaux-Arts de la capitale du Nord dans sa dix neuvième année, pour s’installer à Paris, afin de mieux assumer les devoirs d’artiste qu’il se reconnaissait à l’égard de la société. Chercheur obstiné, il commença dès lors sa longue démarche artistique dans le sérieux d’un travail influencé par Cézanne, son maître à penser.

 

Auguste Herbin - Paysage de Ceret - 1913.jpg

Adaptant alors sa touche à la nature de ses compositions, il créa en 1904 « Le Pont Neuf », pour préfigurer le Fauvisme que Matisse et Derain développèrent un an plus tard. Dans cette toile de format moyen qui transmet, malgré ses dimensions restreintes, une réelle impression de surface, tant dans sa perspective que dans son premier plan, Herbin a organisé son tableau en touches distinctes par lesquelles la mosaïque ainsi composée rassemble autour des couleurs primaires, une harmonie de nuances colorées qui traduit toute sa sensibilité d’artiste. Il est d’ailleurs étonnant, pour ne pas dire navrant, de regretter combien aujourd’hui encore le rôle décisif qu’Herbin joua dans la mise en œuvre de ce mouvement pictural important, ne trouve pas le retentissement qu’il mérite, à constater combien son nom reste absent des multiples ouvrages internationaux traitant de cette Peinture Fauve !

Toujours en quête d’une sincérité artistique qui ne s’est jamais démentie, Herbin s’orienta vers le Cubisme en 1908, pour se distinguer de Picasso et de Braque qui sacrifièrent parfois la couleur pour créer leur monochromie personnelle. La révolution Cubiste n’a malheureusement, elle aussi, pas imprimé son nom dans la stèle historique du mouvement, et cependant, Herbin, dans sa différence qui lui valut de ne pas être assimilé sérieusement au Cubisme, n’en demeura pas moins l’un des fondateurs les plus expressifs.

Son exégèse du Cubisme s’entoura de la fragmentation du sujet, certes, mais s’appliqua aussi à sacraliser la couleur qui dépassait souvent la forme, pour mieux la servir, comme dans le tableau « Madame H…au chapeau », qui transcende la vision Cubiste de l’artiste pour nous offrir une composition sans égale, formulée par la réunion d’un langage structuré de l’objet et de la figure, et de la puissance révélatrice de la couleur.

 

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Dans son perpétuel besoin de se renouveler pour mieux renaître de son talent, Herbin abandonna alors le Cubisme primitif, pour s’orienter vers un Cubisme Synthétique qui dura jusqu’aux années vingt, en donnant naissance à des compositions polychromes qui dressèrent les couleurs en formes.

Dans son théâtre pictural, des surfaces dominantes comme des triangles, des cercles ou d’autres polygones, s’appliquèrent alors à faire la cour à des formes secondaires, dans un assemblage élégant, et où la matière picturale se distingue dans ses épaisseurs, selon son périmètre géométrique.

Et c’est là qu’en 1919-1920, les créations d’Herbin s’approchèrent sans conteste de la naissance de l’Abstraction Géométrique première époque qui allait bientôt bouleverser sa carrière, pour engendrer un nouvel isolement artistique imposé par les collectionneurs et la critique de l’époque qui ne reconnaissaient pas sa démarche artistique.

Dans une nouvelle période de créativité intense, ses œuvres alors faites d’Abstraction Figurative reflétèrent une fois de plus le talent pluriel de cet artiste courageux qui, solitaire, se remit en cause à nouveau pour aborder cette nouvelle figuration qui suscita alors certains malentendus sans fondement. Herbin avait besoin de se ressourcer, comme l’avaient fait Matisse ou Picasso avant lui, et comme le fit Léger un peu plus tard, ou bien d’autres encore.

En 1924, ses réflexes premiers d’artiste fécond imprimèrent alors à ses compositions un rythme oublié, et une palette de couleurs enjouées, ainsi qu’une touche sensible comme en témoigne le « Panier de pêches dans les vignes à Vaison la Romaine », qui égala à son époque le talent des peintres traditionnels, en offrant à la pupille alléchée une profusion de feuilles et de fruits qui symbolisent dans l’avant-plan du tableau les premières nourritures du monde.

Herbin n’en n’oublia pas pour autant la projection de son destin hors norme, et réalisa dans le même temps une série de toiles semi abstraites comme « Le petit bonhomme et l’âne », en 1926.

L’année suivante, Herbin courtisa avant de le maîtriser, le langage des courbes pour produire des tableaux où se mariaient l’onirisme et la fluidité des lignes qui donnèrent naissance à des compositionsaux formes sinueuses définies par des courbes qui exaltent la puissance de la couleur.

 

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L’artiste traversa alors la deuxième époque de son abstraction personnelle, avant d’aborder une nouvelle et ultime transition qui enfanta définitivement l’Abstraction Géométrique, digne de son extraordinaire talent.

L’année 1943 lui apporta enfin sa sérénité de créateur singulier, après quarante années d’inlassables recherches tourmentées. Avec la maturité artistique de sa soixantaine, son écriture picturale se dirigea alors vers une infinie richesse de réinvention du dessin issue de son imaginaire qui manipulait avec métier et conviction les vertus psychologiques des formes et des couleurs.

Créatrice d’un art abstrait plastique intangible, l’union d’Herbin et de sa liberté-vérité engendra alors, et ce, jusqu’à sa disparition, un œuvre ultime dans lequel les combinaisons géométriques exprimèrent l’épanouissement de certains tracés face au langage poétique ou divinatoire des couleurs, comme dans le tableau « Fleur-Fruit I » de 1945 qui traduit également l’interdépendance existant entre les formes et les couleurs.

Alors âgé de soixante dix huit ans, l’artiste généreux disparut en 1960, sans avoir connu la réelle consécration qu’il méritait. Et si aujourd’hui certaines de ses œuvres atteignent des prix à 7 chiffres dans les salles des ventes internationales de New York, de Paris ou de Londres, ce n’est que justice.

Sa présence dans les plus grands musées de la planète comme l’Ermitage de St-Petersbourg (3 œuvres), The Museum of Modern Art de New York (6 œuvres), la Fondation Nieuwenhutzen Segaar à La Haye (10 œuvres), et le Rijksmuseum Kröller Müller d’Otterlo (23 œuvres) aux Pays-Bas, le Kunstmuseum de Bâle (9 œuvres), ainsi que dans une trentaine d’autres musées internationaux, témoigne de l’intérêt porté à cet œuvre monumental qui compte plus de mille créations.

Plus près de nous, certains musées français exposent heureusement aujourd’hui un choix judicieux de tableaux du Maître, comme le Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris (12 œuvres), ou le Centre National Georges Pompidou (8 œuvres), ainsi que le Musée Matisse du Cateau Cambrésis, dans le Nord, qui détient le record avec 30 œuvres proposées au public, dont la palette de ce génie de la peinture qui s’était aventuré jusqu’au sommet de son art.

 

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Alain VERMONT

 

 


 

 

 

 

 

 

 

25/02/2010

VASARELY ou la Distorsion Picturale

Victor VASARELY naquit le 9 avril 1908 à Pecs, en Hongrie. En 1927, il délaissa ses études de médecine entreprises à la Faculté de Budapest, pour fréquenter l’Académie Podolini Wolkman, avant de devenir élève de l’Académie Mühely l’année suivante. Là, et durant deux ans, il suivit les cours de cette école d’Arts Appliqués fondée par Alexandre Bortnyik sur le modèle du Bauhaus allemand.

Après avoir obtenu quelques succès à Budapest au travers de ses créations publicitaires, VASARELY vint s’installer à Paris en 1930, pour commencer à travailler pour les agences Havas, Greager et Devambez, alors qu’il entreprenait ses premières recherches personnelles dans cette période graphique qui, de 1930 à 1939, exprima un art formé presque exclusivement de dessins en noir et blanc dans lesquels se devinaient déjà les germes de ses réalisations futures qui lui donnèrent plus tard l’existence de son propre alphabet plastique. Dans cette période de créations nouvelles, VASARELY s’intéressa aux déformations axonométriques qu’il appliquait à des formes relevant de la réalité sensible, en obtenant les effets spectaculaires des déviations de lignes ou des déformations de surfaces régulières qui créaient une illusion de formes ou de volumes.

 

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Il étudia à la même époque les œuvres de MONDRIAN, MALEVITCH ou DELAUNAY, et reprit la peinture à la fin de la Deuxième Guerre Mondiale, pour participer à la fondation de la Galerie Denise René à Paris. Cette galerie s’impliqua sérieusement dans la mise en valeur de l’Abstraction à tendance géométrique sous toutes ses formes.

En 1947, VASERELY découvrit les réalités de l’Abstraction, en créant une peinture inspirée par le Néo-Plasticisme de MONDRIAN, et dans laquelle ne figurait pas encore le « géométrisme » qui le rendit célèbre. Il s’affirma alors comme le leader de « l’Abstraction Froide ». Dès 1950, l’artiste travailla ses recherches pour laisser sous-entendre le Cinétisme qui allait suivre, et en 1955 son Art exprima un vocabulaire et une syntaxe de signes et de couleurs qui définirent son esthétisme personnel.

 

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Il exposa cette année-là à la Galerie Denise René au sein du « Mouvement », et publia le Manifeste Jaune qui consacrait la naissance du Cinétisme. Dans le même temps, il exposa son célèbre « Hommage à MALEVITCH », pour faire comprendre au spectateur, qu’en pivotant sur un axe, on pouvait découvrir qu’un carré devenait un losange, ou qu’un cercle ressemblait à une ellipse. Le déplacement du spectateur créait les conditions nécessaires à une telle transformation.

 

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La peinture de VASARELY qui jusque là ne traitait que du noir et du blanc, évolua alors vers ces couleurs magnifiques qui contribuèrent à sa « gloire géométrique ». Partant de quelques figures géométriques élémentaires comme le carré, le cercle, le rectangle ou le triangle qu’il soumit à certaines déformations progressives, il enrichit ses compositions d’une vingtaine de couleurs pures, dont une minorité fut déclinée du plus clair au plus sombre, en parallèle à une gamme de gris étalonnée. Son « Folklore planétaire » achevé en 1964 révéla un éblouissant kaléidoscope. Tout son Art consistait à mettre en perspective des formes géométriques, pour créer une impression de volume concave ou convexe, ou une impression de vague ou de creux.

En 1970, son exposition « Polychromies multidimensionnelles » devint l’aboutissement de ses recherches pour nous faire découvrir « l’hommage à l’hexagone ». Dans ce tableau, les espaces multiples qui se forment dans la vision du spectateur, s’annihilent sous la poussée des espaces voisins. Le plan devient espace, et l’espace se ramène au plan.

 

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L’œuvre « Vega-Zett 04 » crée en 1971, nous exprime tout le talent de l’artiste qui déforma les côtés d’un carré, en lui donnant un aspect de boule qui cherche à se réaliser en offrant à la pupille curieuse d’autres carrés plus petits qui subissent la même pression au centre du motif principal, en exposant dans leur surface respective des cercles blancs, gris ou bleus qui s’harmonisent avec esthétisme avec le fond rouge du carré principal.

Les alentours de cette surface centrale déformée avec une majestueuse symétrie reçoivent eux aussi la même poussée pour poursuivre vers les angles du tableau cette impression « d’arrondi » parfaitement symétrique, en laissant admirer un dégradé bleu du plus bel effet.

 

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On ne cite plus les innombrables expositions de par le monde auxquelles l’artiste a participé. Son succès international lui valut de savoir nombre de ses tableaux dans les plus grands musées, ainsi que dans les meilleures collections. On retiendra les adresses de la Fondation qu’il a créée à Gordes dans les années 70, et de la Fondation inaugurée ensuite à Aix-en-Provence en 1976, pour rassembler les multiples exemples de son éthique picturale et de son amour infini pour cette peinture personnelle qui représenta si bien tout ce talent mis au service de l’Art.

Le 15 mars 1997, le « Musicien des formes colorées » mourut à l’âge de quatre vingt neuf ans, entouré de ses crayons qui ne le quittaient jamais !

 

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Alain VERMONT