04/12/2012

L'Evolution du Marché Asiatique avec Hong Kong et le Développement des Ports Francs comme Genève

Marathon à Hong Kong [nov. 12]

Le marathon ne se court pas avant février à Hong Kong, mais la semaine de ventes qui vient de s'achever a laissé les collectionneurs et acteurs du marché de l'art épuisés alors qu'une vingtaine de ventes et au moins autant d'expositions étaient au programme ces derniers jours dans l'ancienne colonie anglaise.

Le bal s'ouvrait vendredi matin à Bonhams, qui fait le pari depuis quelques années de diversifier ses lieux de ventes. Avec une salle des ventes à San Francisco ou Dubaï, Bonhams a aussi ouvert depuis 2007 une salles des ventes à Hong Kong.

Ce 23 novembre, Bonhams proposait plus de cent vingt lots, dont à peine la moitié trouvait preneur, pour un produit des ventes hors frais de 22,5 mHK$. Nous sommes bien loin des 88 mHK$ espérés au minimum.
Avec seulement six lots ayant dépassé le million de HK$, Bonhams a récolté les fruits d'une vente beaucoup trop orientée moderne. En alignant les maîtres modernes Li Keran, Zhang Daqian, Wu Guanzhong et Qi Baishi, Bonhams pensait attirer les collectionneurs chinois en masse.

Ceux-ci n'ont cependant pas répondu aux attentes : trois Baishi QI sur cinq n'ont pas trouvé preneur, tout comme la moitié des quatre oeuvres de Keran LI, pourtant auteur d'un nouveau record il y a quelques mois. Quelques beaux résultats cependant pour les deux œuvres de Guanzhong WU : Lion Grove Garden in Suzhou parti pour 3,5 mHK$, dans la fourchette d'estimation, et Lacebark Pine in the Beijing Imperial Palace adjugée 3,2 mHK$.

L'œuvre White Chrysanthemums in Yellow Vase de Yu SAN a elle aussi fait grimper les enchères, puisqu'elle s'est échangée 1,1 mHK$. SAN Yu était à l'honneur cette semaine : treize de ses œuvres ont été présentées entre Bonhams, Christie's et Poly Auction.

Poly justement, menait sa première vente ce samedi 26. A l'occasion de son arrivée à Hong Kong, un grand nombre de collectionneurs en provenance de l'autre côté de la frontière avaient fait le déplacement pour être témoins de sa première vente en dehors de Chine continentale. Le succès fut immédiat, avec un résultat de 520 mHK$ (frais inclus, toutes ventes confondues). En quatre ventes ce wee-kend, Poly réalisait un grand coup pour son arrivée sur le Territoire Hong-Kongais.

La 4ème maison de ventes au monde a frappé d'autant plus fort qu'elle a dépassé le total de 450 mHK$ (avec frais) réalisé le mois dernier, lors des premières ventes hong-kongaises, par sa rivale chinoise et numéro 3 mondial, China Guardian.

Si Bonhams n'a pas eu beaucoup de succès avec les artistes chinois modernes, Poly a eu des résultats bien différents. Dans une salle de ventes à l'accent chinois (la vente ne s'est déroulée ni en anglais, ni en cantonnais, les deux langues officielles de Hong Kong, mais en mandarin), les lots qui ont défilé ont été souvent vendus au-dessus des estimations. 


Ainsi dès les lots numéro 2 et 3, deux oeuvres de SAN Yu, les acheteurs ont joué la surenchère. 
Nude a été frappée à 7,5 mHK$, et la suivante, Horses rambling on the grassland, est partie à 12 mHK$. Le lot numéro 4 a ajouté à la surexcitation d'une salle déjà très bruyante puisque l'œuvre Untitled 248 de Teh-Chun CHU s'arrachait à 35 mHK$, plus de quatre fois son estimation basse. Les œuvres de Chu Teh-Chun ont suscité énormément d'intérêt cette semaine. Chez Poly, les quatre œuvres proposées le samedi après-midi sont parties pour un total de 43,3 mHK$. Bizarrement, son maître Wou-ki ZAO s'en est un peu moins bien tiré : 1.4.82, le lot phare de la vente, partait à 11 mHK$, 1m de moins que son estimation basse, tandis que l'œuvre plus petite et plus vieille 18.3.67 partait dans sa fourchette d'estimation à 5m HK$.

Christie's organisait samedi soir sa vente d'art asiatique moderne et contemporain, avec ici aussi des œuvres de Chu Teh-Chun et Zao Wou-Ki. La salle bondée attendait impatiemment de voir la force du marché asiatique, après les signaux mixtes envoyés par les ventes à New York (échec de l'impressionnisme, et succès du contemporain et après-guerre). Les seuls applaudissements de la soirée furent entendus pour l'œuvre La forêt blanche II (1987), qui, en étant adjugée 53 mHK$, signait un nouveau record pour l'artiste et un des seuls deux records de cette session. L'autre record couronnait d'une manière un peu moins spectaculaire l'œuvre Abstract Triptych de Soo Pieng CHEONG adjugée 3,5 mHK$.


Si son disciple s'octroyait un nouveau record, Zao Wou-Ki n'était pas en reste puisque l'œuvre 
15.5.60 a trouvé preneur pour 30 mHK$ (son sixième plus beau résultat à ce jour) alors que l'oeuvre 23.05.61 réalisée une année après, est partie pour 22 mHK$.
SAN YU et 
Fanzhi ZENG viennent compléter les 5 adjudications les plus importantes de la soirée. Pot de chrysanthèmes roses de SAN Yu a réalisé 29 mHK$, soit le double de son estimation basse. Mask Series N10 de Zeng Fanzhi a été frappé à 19,5 mHK$, juste en dessous de son estimation basse ; c'est une légère déception pour cette œuvre présentée comme le chaînon manquant entre l'art contemporain occidental et asiatique.

Les œuvres de Xiaogang ZHANG ont peiné à atteindre leurs estimations basses chez Christie's, tout comme l'œuvre de Ye LIU, pourtant placardée sur tous les abribus de la ville de Hong Kong, qui réalisait 8 mHK$, contre les 12 mHK$ attendus. Quelques bonnes surprises néanmoins, comme l'œuvre Man, eagle and Eye in the sky: eye-kite flying people de Guoqiang CAI qui réalisait 6 mHK$, un million de plus que l'estimation haute, ou encore la sculpture "Cahaya Bumi (light earth)" de Rudi MANTOFANI qui devient, avec son prix de 950 000 HK$, la sculpture la plus chère de l'artiste. Ceci démontre encore une fois l'appétit du public pour les sculptures de l'artiste, puisqu'aucune de celles présentées en salle des ventes depuis 2007 n'a pas trouvé preneur! 


Ce soir-là, Christie's a récolté au total 360 mHK$ en trente-neuf coups de marteau (87% de lots vendus), soit 130 mHK$ de plus que les 230 mHK$ attendus.


Mais ce n'était pas fini pour Christie's, puisque dimanche la maison de ventes anglaise organisait une vente marathon de cinq cent trente-neuf lots. Malgré un nombre important de lots restés sur le carreau (110), la maison de ventes a conclu sa semaine de ventes hong-kongaises avec un total de 580 mHK$ pour ses ventes fine art uniquement.

Le marathon prenait fin lundi matin chez Seoul Auction qui organise depuis quelques années déjà deux sessions de ventes par an à Hong Kong. La maison de ventes essaye depuis longtemps de vendre des lots d'art contemporains occidental en Asie, à Seoul ou Hong Kong.

En ce lundi matin ce fut encore le cas, avec plus ou moins de succès. L'œuvre Panda Bear de Andy WARHOL est restée invendue mais un collectionneur s'est porté acquéreur d'un Let us pray de Damien HIRST pour 3 mHK$. Le lot phare de la vente était une oeuvre de l'artiste coréen Ufan LEEFrom Point , qui n'a pas déclenché la folie dans une salle quasi vide. La maison de ventes en attendait entre 15 mHK$ et 20 mHK$, mais n'en obtint que 15,2 mHK$. Avec quatorze lots invendus sur cinquante, Seoul Auction pâtit probablement d'être la dernière vente au calendrier hong-kongais. En effet il était possible pendant ce week-end d'aller admirer une batterie et une guitare repeintes par Damien Hirst, vendues 480 000 HK$ chez Ravenel dimanche soir, ou d'assister à une vente très nippone chez United Asian Auctioneers où étaient présentées quatre oeuvres de Kusama, six lots de Yoshimoto Nara, et six œuvres de Murakami, qui, hasard du calendrier, est exposé à Gagossian HK à partir de cette semaine. 

Source Artprice

1 HK $ = 0,10 € 

Les Ports Francs de Genève, incomparable caverne aux trésors

"Nous avons atteint le seuil des 22 millions de francs suisses (18,3 millions d'euros) de chiffre d'affaires en 2011 et nous avons remis quelque 10 millions à titre de contribution annuelle à notre actionnaire principal", le Canton de Genève, qui détient 86% des actions, s'est félicité, lors d'une conférence de presse, Christine Sayegh, présidente du conseil d'administration des Ports Francs genevois. 

Le système du port franc est utilisé notamment par les commerçants ou les transitaires en douane, qui louent des surfaces pour y stocker des biens sans payer des droits de douane ni la TVA, pendant la durée du stockage. 

Cependant, lorsque le bien sort de l'entrepôt, il est soumis à l'impôt dans son pays de destination. Ce système permet de différer le paiement des impôts et taxes et d'améliorer la gestion de trésorerie des locataires. 

La société des Ports Francs de Genève exploite 140.000 mètres carrés de surface locative, proposée aux professionnels et aux particuliers qui peuvent y louer des locaux pour une durée indéterminée et entreposer des biens en tout genre, comme des grands vins, des cigarettes, des objets d'arts, des voitures anciennes, des bijoux ou des diamants. 

Afin de satisfaire à la demande croissante, un nouveau bâtiment a été mis en chantier, représentant 11.000 mètres carrés supplémentaires. 

Quelque 2 millions de bouteilles de vin sont ainsi stockées, et 27% de la surface sont loués pour des oeuvres d'art. Les transitaires en art représentent d'ailleurs un quart de la clientèle. 

Pour rendre le contenu de ces énormes entrepôts aux portes de Genève plus transparents, la loi suisse sur les douanes a été modifiée et oblige depuis 2009 les locataires à fournir un inventaire détaillé du contenu de leurs locaux lorsqu'il s'agit de marchandises "sensibles". 

Les cigarettes, en raison de leurs taxes élevées, les oeuvres d'art, les bijoux et les pierres précieuses font partie de ces catégories de marchandises. 

"Le Port Franc, c'est un peu comme la caverne d'Ali Baba, pleine de trésors dans l'imaginaire des gens", a déclaré un responsable des douanes de Genève. 

De fait, des grands collectionneurs choisissent les Ports Francs pour y entreposer leurs toiles, comme la famille Nahmad, qui gère deux galeries d'art à New York et Londres. Les locataires aménagent parfois luxueusement leurs locaux, afin de d'y recevoir leurs clients pour leur présenter leurs objets dans un show-room, en toute discrétion et dans une sécurité absolue. 

Avec l'introduction de la nouvelle loi prévoyant des inventaires obligatoires, les Ports Francs de Genève craignaient de perdre des clients. Mais cela n'a pas été le cas. 

Le site a même été obligé à plusieurs reprises de refuser des clients cherchant plus de 2.500 mètres carrés de surface, faute de place, car le taux d'occupation avoisine les 100%.

Au cours des derniers mois, un nombre croissant de gens fortunés du monde entier ont placé leur biens dans les dépôts sécurisés des ports francs suisses.

A Genève seulement, selon la NZZ am Sonntag, des biens tels des diamants, des vins très coûteux et des oeuvres d'art pour une valeur de quelque 100 milliards sont déposés dans ce qui est l'un des plus importants ports francs au monde.

Véritable colonne logistique du Marché de l'Art globalisé, les Ports Francs permettent aux œuvres d'être stockées et transportées dans les meilleures conditions en attendant de changer de main.

La Suisse est à la pointe de ce secteur en plein boom.

Avec sa douzaine de ports francs, dont les principaux sont à Chiasso, Zurich, Bâle et Genève, la Suisse a toujours été un acteur majeur de ce marché bien particulier. A elle seule, la zone franche de Genève concentrerait le plus grand stock d’œuvres d’art au monde, d’une valeur quasiment inestimable.

 
«La majorité des œuvres d’art de notre fonds est entreposée à Genève», affirme ainsi Jean-René Saillard, directeur des ventes du British Fine Art Fund Group, un fonds d’investissement créé il y a dix ans et qui connaît un succès phénoménal. A l’heure actuelle, il existe près de 40 fonds spécialisés similaires dans le monde. Près de la moitié est basée en Chine et la plupart d’entre eux n’ont que quelques années d’existence.


 «Cela ne signifie pas pour autant que les œuvres d’art restent tapies dans l’ombre. L’idée que les collections entreposées dans des ports francs ne sont jamais présentées au public relève du mythe, affirme-t-il. Les propriétaires ont toutes les raisons de prêter généreusement leurs objets. Lorsque les œuvres qu’ils possèdent sont exposées dans des institutions prestigieuses, elles prennent naturellement de la valeur». Le Kunsthaus de Zurich a ainsi réalisé récemment une exposition autour de la célèbre collection Nahmad, entreposée elle aussi à Genève.  

 

Les profonds bouleversements qui affectent le monde de l’art sont cependant en train de modifier les raisons d’être des ports francs. Ces derniers avaient au départ été conçus pour ajourner les formalités douanières jusqu’au moment où les œuvres atteignaient leur destination finale. Aujourd’hui, le flou fiscal qui entoure les ports francs représente un formidable atout pour un marché d’investissement qui n’est plus directement lié à la présence physique des marchandises.
 
Selon une étude menée par la Mei Moses All Art Index, le marché de l’art a surpassé constamment celui des actions entre 2000 et 2011, ne connaissant qu’une légère baisse durant la crise économique de 2008. De nombreux particuliers fortunés qui cherchent à diversifier leurs portefeuilles et leurs fonds d’investissement se ruent ainsi sur ce marché, mais pas nécessairement pour posséder un Rembrandt ou un Monnet dans leur villa.

 
Puisque l’art devient un actif financier comme un autre, des transactions peuvent être conclues indépendamment de l’emplacement physique de l’objet. Cette situation a pour conséquence d’accroître considérablement la demande en stockage sécurisé, de préférence hors de la législation fiscale d’un pays donné, ce qui permet aux œuvres d’art de passer de mains en mains au gré des transactions financières, sans bouger d’un iota.

La place manque

Le marché mondial de l’art est évalué à près de 46,1 milliards d’euros. Comme le souligne Anders Petterson, fondateur de la firme d’analyse londonienne ArtTactif, les marchés de l’art sont de plus en plus liés aux marchés financiers. «Partout à travers le monde, des gens achètent de l’art». Il attribue cette croissance exponentielle du marché de l’art non seulement aux fonds d’investissement, mais également à la multiplication des foires, des ventes aux enchères et des nouveaux collectionneurs.

 
Les œuvres d’art sont aujourd’hui si nombreuses que la place dans les entrepôts vient à manquer. «Je connais un certain nombre de collectionneurs dont la passion a depuis longtemps débordé des murs de leur maison, mais qui continuent néanmoins d’acheter. Plus de 80% de leur collection se retrouve dans des entrepôts de ports francs». Les musées connaissent le même phénomène, puisqu’ils ne présentent qu’une toute petite partie de leur collection en même temps.


Bien que les ports francs soient gardés comme Fort Knox, certaines chambres fortes ressemblent à de luxueuses galeries.

 
La préservation de l’art, est exigeante. Les peintures par exemple requièrent un éclairage et des températures optimales. Une grande partie du succès des ports francs, repose sur la qualité des services sur le site, en particulier ceux fournis par les transitaires.

 
Yves Bouvier préside l’un d’entre eux, Natural Le Coultre, le plus important opérateur de stockage et de logistique au monde. «Le marché de l’art a quadruplé ces dernières années», observe-t-il. Le fait que le nombre d’artistes n’ait jamais été aussi important et que l’art contemporain tend à occuper de plus grands espaces a également accru le besoin en logistique et en entreposage.

«L’art est une monnaie»

Le site de Genève est ainsi en pleine expansion. Singapour a inauguré un grand complexe pour répondre à la forte hausse du marché asiatique de l’art. Un port franc devrait également être opérationnel au Luxembourg en 2014.

Avec ses nombreuses collections d’art, ses musées, ses galeries et ses foires, la Suisse a toujours cultivé son profil de centre névralgique de l’art. La nouveauté, c’est que ses ports francs sont devenus des acteurs clés d’un marché international de l’art en plein essor.

«L’art est une monnaie qui circule entre les pays, affirme Andres Petterson. Tout en soulignant toutefois que les rendements espérés ne sont pas toujours la raison principale qui pousse à l’achat. «L’art procure du prestige et de la jouissance», rappelle-t-il.

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ALAIN VERMONT

 

Commentaires

Merci pour ce post intéressant

Écrit par : generika | 17/12/2012

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