21/11/2010

Marché de l'Art avez-vous dit ?

 

Les Réalités déconcertantes du Marché de l'Art.

Les dernières ventes aux enchères qui ont eu lieu début novembre à New York prouvent une fois de plus que les Arts Plastiques demeurent pour certains un « produit commercial » qui ne ressemble à aucun autre, dans ce Monde où l'Argent-Roi dicte sa loi, souvent inique.

Les chiffres colossaux atteints par nombre de résultats de ventes durant ces dix dernières années, doivent donner le vertige à une multitude d'artistes plasticiens contemporains dont le talent de créateur peine à se vendre à « des prix socialement corrects », pour ne pas dire à des prix de vente « qui peuvent simplement subvenir au gîte et au couvert de l'artiste ».

Prenons un premier exemple concernant Picasso (1881-1973). Cet artiste que beaucoup reconnaissent comme le plus grand artiste du 20ème siècle, représente une signature incontournable dans le grand microcosme mondial de l'Art - Business. Son tableau, « Femme couchée.... » de 1932, réalisé en une journée de travail artistique, a été adjugé pour la modique somme de 107 millions de dollars, frais inclus.

picasso record.jpg


En 2006, le « Garçon à la pipe » du même Picasso avait été adjugé 104 millions de dollars.

 

garcon-a-la-pipe.jpg


Entre ces deux dates, le « Portrait d'Adèle.... » de Gustav Klimt (1862-1918) a été adjugé 135 millions de dollars, alors qu'un tableau de Jackson Pollock (1912-1956), peinture d'émail/toile brute  a été vendu, de gré à gré, avec l'intervention personnelle de Sotheby's, pour 140 millions de dollars (environ 102 millions d'euros).

Sans vouloir faire un mauvais calcul - jeu de mots, je dirai que le prix au cm2 de cette peinture de Pollock (244 x 122 cm) est de l'ordre de 4 703 $ / cm2, soit 3 433 € au cm2 ! Ce qui transposé dans la surface d'un appartement de 100 m2, quand bien même celui-ci serait situé dans le centre de l'une des plus belles métropoles du monde,  représenterait un prix de vente 3 433 000 000 d'euros !!!

 

klimt.jpg

 

Pollock.jpg

Début novembre, la « Belle Romaine » d'Amédéo Modigliani (1884-1920) a été adjugée 70 millions de dollars. De ses terres lointaines, que doit penser cet artiste mort à 36 ans dans la misère la plus sordide ?

De même, que doit penser Vincent Van Gogh (1853-1890) des 82 millions de dollars payés pour son « Portrait du Docteur Gachet » lors de sa vente en 1990, lui qui connut également la misère morale et financière que l'on sait. Nombre d'exemples de ce type pourraient être cités ici.

 

Modigliani-la belle romaine-nu-assis-sur-un-divan-1917.jpg
 
 
_Dr._Gachet.jpg

Une plus value étonnante, réalisée dans un très court « laps de temps d'investissement art » de ces dernières années s'applique à un tableau de Kees Van Dongen (1877-1968), « Jeune Arabe » vendu il y a un an 14 millions de dollars alors qu'il avait été acheté 3 millions d'euros en 2002, à la Biennale des Antiquaires. Soit plus de 7 millions d'euros de plus value réalisée en 7 ans ! Selon certaines sources bien informées cette opération aurait profité à l'homme d'affaires néerlandais, Louis Reijtenbagh, apparemment alors en grandes difficultés financières.

 

van dongen.jpg


Les œuvres en bronze de l'artiste Alberto Giacometti (1901-1966) ne sont pas en reste dans ces « explosions artistiques », à constater le montant de 104 millions de dollars payé en février dernier pour sa sculpture " L'Homme qui marche-I".

 

giacometti.jpg


Comme ne sont pas en reste les œuvres du « King of Pop Art New Yorkais », Andy Warhol (1928-1987), dont l'œuvre « Eight Elvises » qui représente  des sérigraphies de 8 portraits d'Elvis  aurait été vendue, en 2009, de gré à gré, selon The Economist, pour plus de 100 millions de dollars. D'après l'enquête menée par Sarah Thomton pour son  journal The Economist, Philippe Ségualot, l'un des plus proches conseillers de François Pinault, le magnat français possédant PPR, aurait été à l'origine de cette transaction.

Encore plus près de nous, et plus « détonnant » dans ce « Market of Art », puisqu'il n'a que 44 ans, Damien Hirst et ses œuvres ont pulvérisé tous les records ces deux dernières années. Son « Veau d'Or » s'est vendu 20 millions de dollars, alors que dans le même temps, le total cumulé des 223 œuvres réalisées en 2008, et mises en vente à Londres l'an dernier, a représenté un chiffre de ventes de 140 millions d'euros, chiffre qui a ironiquement ignoré la crise mondiale, et tous ses laissés pour compte. Qu'en penser ? Du jamais vu chez Sotheby's en 264 années d'existence. Hirst a justifié sa démarche de ventes volontaires aux enchères de ses œuvres en « regettant » les 40 à 50% retenus par ses galeristes précédents lors de ventes de ses œuvres, alors que Sotheby's ne lui  « retient » sur les ventes que 25 % !

Il est de notoriété que lors de cette vente à Londres, les grands marchands new yorkais tel Larry Gagosian étaient présents pour faire « monter les enchères »  d'une manière peu orthodoxe, dans le seul but de maintenir le haut niveau de la bulle spéculative qui « emprisonne » les créations de Hirst, étant donné que ces mêmes marchands détiennent un stock important d'œuvres de l'artiste.

Hirst demeure certainement le meilleur exemple de ces réalités déconcertantes qui « démultiplient ou tentent de démultiplier » aujourd'hui les chiffres du Marché de l'Art.

Pour l'exemple, sa création « For the Love of God », représentant une réplique en platine d'un crâne d'homme du 18ème siècle, incrustée de 8601 diamants pesant 1 106 carats, financée en intégralité par Hirst, 20 millions de dollars dit-il, et mise en vente pour la somme de 100 millions de dollars, n'a pas trouvé preneur. Les « cupido-sots intervenants du Marché de l'art » deviendraient-ils plus respectueux du vrai talent ? Pas sûr.

 

Hirst.jpg


Ne pouvant vendre sa « tête », et en fin stratège de la guerre commerciale qui régit le marketing artistique aujourd'hui, Hirst  aurait vendu sa « tête » à un groupe d'investisseurs dont il fait partie, pour mieux maintenir sa cote internationale. On n'est jamais si bien servi que par soi-même !!

A vrai dire, que dire de tous ces records, et pour aller encore plus loin dans l'analyse de ces transactions hors normes, peut-on accorder toute la crédibilité que l'on est en droit d'attendre, à certains de ces résultats de vente réalisés en priorité par les grandes Maisons de Ventes aux Enchères ?

Rappelons nous les condamnations en 2000 de Sotheby's et Christie's, par la Cour Suprême de New York, pour un montant de 512 millions de dollars, ainsi que par la Cour Européenne en 2002, pour un montant de 25 millions d'euros, qui ont donné suite à des mesures de « clémence » puisque ces deux grandes maisons « avaient bien coopéré avec la justice», en reconnaissant tous les faits reprochés.

Parlons des faits dans leurs grandes lignes : De 1993 à 2000, les deux géants des ventes aux enchères ont entretenu une collusion qui consistait, entre autre, à une entente anticoncurrentielle qui avait pour but une augmentation bi-latérale des frais de commissions payés par les vendeurs d'œuvres, les avances consenties aux vendeurs d'œuvres, toutes leurs « particulières » garanties accordées aux vendeurs, concernant les résultats à obtenir impérativement dans les enchères, selon leurs « estimations professionnelles », les conditions de paiement ( leurs délais de paiement aux vendeurs pouvaient être, pour le moins, de 3 à 12 mois), etc............................

 

Quand on se penche sur cet obscur Monde des Ventes aux Enchères, et que l'on étudie de près ces astronomiques chiffres affichés, on ne peut que constater un mode de fonctionnement particulier, et poser nombre de questions.

Je ne citerai que trois exemples qui m'ont interpellé dernièrement, concernant un même artiste, durant la même vente à New York. Mais je pourrais fournir nombre d'exemples du même type, pour d'autres signatures, et ce, durant les dernières années.

En effet, le 10 novembre dernier, plusieurs œuvres d'Andy Warhol ont été vendues dans la même vente aux enchères, dont les trois qui suivent :

1-Self portrait (102 x 102 cm)

2-Guns (142 x 203 cm)

3- Marilyn (35 x 27 cm)

Ces trois oeuvres de Warhol, de formats et sujets fort différents, ont été vendues pour le même montant, au centime près, à savoir 2 809 170 Euros chacune.

Les habitués des Ventes aux Enchères savent que tous les Commissaires-Priseurs font monter parfois des enchères fictives, pour maintenir une cote par exemple, aux yeux du grand public, ou pour entretenir dans la salle une « ambiance d'achat » (La surchauffe), de manière à appâter un peu plus certains acheteurs potentiels.

De là à douter d'un certain nombre de résultats affichés à grand renfort de tambours et trompettes médiatiques, il n'y a qu'un pas.

Malheureusement, force est de constater combien l'Argent-Roi a désacralisé l'Art, pour imposer son diktat purement spéculatif, repoussant aux Calendes Grecques l'avènement d'un nouveau respect du talent de tous ces vrais créateurs qui font montre de sincérité dans leur démarche artistique.

Alain VERMONT

 

A suivre en alternance :

1-Techniques Peintures à l'Huile : les Siccatifs, les Essences, les Gommes et Résines, les Vernis et Nettoyants (Catégorie 5).

2-Picasso et Le Cubisme Analytique (Catégorie 4).

Nouveau, si vous souhaitez obtenir diverses informations concernant un artiste-plasticien, les expositions mondiales, ou le marché de l'art, cliquez en haut de page à droite sur ARTPRICEGratuitement vous aurez déjà accès à un grand nombre d'informations...

Pour découvrir plus d'informations concernant l'Historique de l'Art (de la préhistoire à nos jours), toutes les techniques utilisées (supports, matériels, produits, fabricants et marques, etc...), les réalités du Marché de l'Art International, visitez mon site : www.lartpourtous.net 

Ce site dispose d'un certificat de sécurité SSL.

 

Alain VERMONT

19:31 Écrit par L'Art Pluriel dans 2 -- COTATIONS Marché de l'ART | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : ventes aux enchères art |  Imprimer | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook |

Commentaires

http://artmarketreview.tumblr.com/

Écrit par : A.S | 29/12/2011

Les commentaires sont fermés.