11/02/2010

Séraphine LOUIS, une rareté féminine dans le Monde Peinture

 

Séraphine LOUIS, dite Séraphine de SENLIS, naquit le 2 septembre 1864 à Assy, dans l’Oise. Enfant, elle garda des moutons, en grandissant dans une famille pauvre, dont le père, horloger de village, mourut très jeune. Elle fréquenta alors irrégulièrement l’école, car elle préférait garder les animaux. A l’âge de treize ans, elle fut placée comme bonne à Paris, puis à Compiègne. Ensuite, et durant vingt ans, elle fut employée comme femme à tout faire dans un couvent de la région. Elle ne put jamais prétendre au mariage car elle ne possédait ni dot, ni lopin de terre.

En 1902, elle quitta le couvent, et se plaça dans plusieurs maisons alentour. Les commérages du moment lui attribuèrent déjà l’esprit d’une « certaine folie » qui transparut ensuite dans ses compositions à la flore fabuleuse, agrémentées de fruits pulpeux, et de chenilles mordorées qui courtisaient des coquillages entrouverts laissant entrevoir le secret satiné de leurs lèvres.

 

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L’exécution de ces bouquets dénote une telle richesse inventive et une telle adresse inexplicable, que beaucoup de ses admirateurs du moment ne purent répondre aux questions posées par certains peintres eux-mêmes. Comment réussissait-elle à mélanger ses couleurs pour obtenir des glacis aussi parfaits ? D’où lui était venue l’idée de peindre, et comment elle, petite femme de ménage, se procurait- elle son matériel ?

En 1912, un allemand installé en France, Wilhelm Uhde, rare et grand amateur d’Art Naïf, et qui consacra plus tard une exposition à Louis VIVIN, découvrit la peinture de Séraphine, après qu’il l’eut engagée comme femme de ménage. Il s’étonna alors en constatant combien son employée refusait les beaux matériaux qu’il lui offrait pour peindre, et qu’elle convoitait bien sûr, sans pour autant les utiliser.

En effet, elle se procurait elle-même ses couleurs auxquelles elle mélangeait de la laque. Et l’excellent résultat ainsi obtenu intrigua nombre de peintres techniciens qui demandèrent alors son secret à Uhde, bien incapable de leur apporter une réponse.

Durant la première guerre mondiale, les envahisseurs confisquèrent la quasi totalité de ses natures mortes. En 1927, la mairie de Senlis organisa une exposition de peintre régionaux, et à cette occasion, le collectionneur allemand s’assura toute la production de Séraphine LOUIS, dont certains tableaux figuraient déjà dans des collections renommées.

 

séraphine 3.jpg

 

Mais cette artiste atypique, accueillant alors le succès comme un élément naturel de sa vie, laissa vaciller sa conscience en commençant alors à vénérer la grandeur de son œuvre. Elle dilapida graduellement la fortune de son employeur en contractant des dettes pour des achats inutiles, ou pour des commandes de cadres grandioses exposant à leurs angles de superbes anges sculptés. Son rêve de gloire mondiale, et d’opulence, la laissant sur sa faim, elle s’en alla faire du porte-à-porte, pour annoncer la fin du monde. Privée de l’accomplissement de sa vision, elle vit son univers imaginaire s’écrouler alors que sa raison se refusait à comprendre.

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Elle acheva alors les dernières années de sa vie à l’asile de Clermont, dans l’Oise, et mourut le 11 décembre 1942, à l’âge de soixante dix huit ans, avant d’être enterrée dans la fosse commune, sans que ses dernières volontés ne fussent réalisées. Elle avait en effet souhaité, dans des courriers antérieurs, un enterrement de première classe, avec des « Messieurs en brassard, de la musique à la messe », et l’inscription de l’épitaphe suivante sur la dalle de sa tombe : « Ici repose Séraphine LOUIS, sans rivale, et attendant la résurrection bienheureuse ».

 

On conviendra que dans le monde des artistes peintres « reconnus », les femmes ne sont malheureusement pas légion. Et cependant, dans le monde des artistes peintres du « commun des mortels », elles sont certainement aussi nombreuses que les hommes ! Et leur talent n’a rien à envier au talent masculin.

 

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Alain VERMONT


 


Commentaires

Merci pour cette note sur Séraphine Louis que j'ai eu l'occasion de dévouvrir grâce au fim de Martin Provost.
L'histoire de Séraphine m'a interpelllée pour plus d'une raison. la première que je suis aussi une femme peintre galèrant pour faire reconnaître mon art. La deuxième raison est que me définissant aussi comme une mystique, je m'interroge souvent sur les liens complexes entre le mysticisme, l'art et ce qu'on appelle la folie. Il ne faut pas oublier que la folie de Van Gogh puisait ausi ses sources dans un profond mysticisme.

Il est vrai que la peinture de Séraphine Louis est à la fois émouvante et unique mais il fallait toute la sensibilité d'un collectionneur comme Wilhem Uhde pour savoir le reconnaître.

Écrit par : Martina | 11/02/2010

JE VOUDRAIS SAVOIR POURQUOI CETTE FEMME SI CONNUE AUJOURD'HUI REPOSE ENCORE DANS UNE FAUSSE COMMUNE? pourquoi ne pas lui donner une tombe avec l'épitaphe qu elle demandait avant de mourir?

Écrit par : masse | 11/02/2010

F O S S E , lol

Écrit par : vieuxschnock | 11/02/2010

"Merci pour cette note sur Séraphine Louis que j'ai eu l'occasion de dévouvrir grâce au fim de Martin Provost."

Il valait effectivement la peine de le rappeler, ainsi que les sept Césars obtenus en 2008, dont celui du meilleur film... Aurait-il déplu à l'auteur de l'article ?

Écrit par : Scipion | 12/02/2010

Bonjour,

Séraphine Louis est née à ARSY (Oise), pas à ASSY qui est un plateau près de la commune de Passy en Haute-Savoie ou encore une commune du Calvados. Je suis native de l'Oise et Arsy se trouve à 46 km de mon domicile.

Merci d'avance de rectifier.

Cordialement.

Écrit par : Patricia | 12/07/2010

Quel magnifique film,et quelle peintre de génie que je ne connaissais pas son nom.On devrais lui rendre hommage comme elle le mérite.Bravo à la comédienne Yolande moreau.

Écrit par : mongold | 09/09/2013

Bonjour,
J'ai vu le film de sa vie hier soir et ça à été une belle rencontre pour moi. C'est pourquoi j'ai eu envie d'en savoir plus sur son œuvre. Et en regardant la vidéo proposée via YouTube, j'ai aussi bien aimé la musique qui l'accompagnait. J'ai essaye de la shazamer sans succès. Pourriez vous m'en dire plus sur l'interprète de cette chanson ? Merci
Laurence

Écrit par : Coulon | 10/09/2013

moi aussi je ne peux compremdre qu'elle à été enterré dans une fausse commune ,sachant que wilhem uhde à été son mentor !!! il aurai pu lui offrir une sépulture décente , avec l'épitaphe qu'elle demandait , comme mozart fausse commune malgré les personnalités qu'il connaissait l'humain oublie très vite malgré la notoriété que ces personnes leurs ont procuré ,honte à eux

Écrit par : sifferlin | 24/11/2014

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