04/10/2008

PEINTURE - BAZILLE - La générosité même

Jean Frédéric BAZILLE (1841-1870).

 

Quand Jean-Frédéric Bazille s’installa à Paris en 1862, à l’âge de vingt et un ans, pour poursuivre des études de médecine, il ignorait qu’il allait devenir l’une des figures emblématiques de l’histoire de l’art. Car, poussé par le démon du pinceau, il abandonna rapidement la médecine après qu’il se fut inscrit dans l’atelier de Charles Gleyre, en novembre de la même année.

Vivant alors des subsides accordés par sa riche famille installée près de Montpellier, Bazille n’eut de cesse d’apprendre son métier d’artiste peintre aux côtés des futurs Impressionnistes qui avaient pour nom Monet, Renoir, Sisley et Pissarro.

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Vallon en Forêt de Fontainebleau, 1865.
Huile/toile, 52 x 65 cm.

D’une âme fort généreuse, le jeune peintre ne cessa dès lors et ce, pendant les huit dernières années de sa vie, de soutenir financièrement ses amis Monet et Renoir, toujours dans le besoin.

Moins perturbé que ces derniers par des soucis financiers quotidiens qu’il ne connaissait pas, Bazille s’appliqua à peindre à son rythme, plus sereinement que ses amis, et d’une manière beaucoup moins prolifique.

D’ailleurs Monet ne manqua jamais une occasion de tancer son ami, en lui rappelant, pour mieux le motiver, dans ses souffrances d’apprenti peintre, que « C’est à force d’observation et de réflexion que l’on trouve ».

Les « Fous de lumière ».

En 1863, tous ces jeunes artistes âgés d’une vingtaine d’années, jugeaient alors l’enseignement des Beaux-Arts trop rigide et poussiéreux. Ils voulaient tous honorer la couleur, donc la lumière.

Et pour ce faire, ils commencèrent à exécuter leurs tableaux en plein air, en faisant face à leurs sources d’inspiration, en peignant la lumière et ses effets. Ils recueillirent alors des sensations nouvelles que le trop traditionnel travail en atelier ne pouvait leur apporter.

En quelques mois les conventions traditionnelles qui avaient régi des siècles de peinture, furent alors abolies : la perspective, l’éclairage d’atelier, et le dessin.

Il s’agissait maintenant pour eux de suggérer les distances, et les volumes, par les contrastes des couleurs. Les Impressionnistes créèrent des compositions nouvelles dans lesquelles l’environnement de la nature, et les objets de la vie de tous les jours, prirent une place importante.

La révolution de la Peinture Académique engendra en amont la transformation du matériel pour artistes peintres qui subit alors une évolution magistrale facilitant le travail en extérieur. Des chevalets plus légers, et des couleurs emprisonnées dans des tubes de zinc qui maintenant remplaçaient les sachets peu pratiques, permirent aux Impressionnistes de mieux se déplacer en extérieur.

Assoiffé lui aussi de nature, Bazille partagea souvent les pérégrinations de ses amis, en accompagnant Monet en Normandie, ou en séjournant avec lui à Chailly, pour poser une des figures de son « Déjeuner sur l’herbe », et pour composer sa « Lisière de forêt » dans sa première manière, encore très assombrie.

La constante générosité du jeune montpelliérain lui fit héberger Renoir lorsque celui-ci rencontra de sérieux problèmes financiers en 1866, ainsi que Monet dont les tableaux étaient aussi régulièrement refusés au Salon annuel.

Et c’est au travers des souffrances de tous ces artistes refusés par l’Académie que Bazille put le mieux exprimer sa personnalité, décidant aux côtés de Monet, Renoir et Pissarro de créer une exposition indépendante en 1867, afin d’exposer leurs œuvres honorablement, et en dehors de l’autorité contestée du Salon.

Mais les deux mille cinq cents francs réunis à l’époque ne représentèrent pas la moitié de la somme nécessaire, et l’entreprise échoua, pour ne voir le jour qu’en avril 1874, durant la première exposition des Impressionnistes, dans l’ancien atelier du photographe Nadar, Boulevard des Capucines, quatre ans après la disparition de Bazille.

Car, d’abord patriote, Bazille ne déserta pas le territoire français comme le firent certains de ses amis peintres, lorsque la France déclara la guerre à la Prusse, en juillet 1870. En effet, engagé le 16 août suivant, dans le 3ème régiment de zouaves, il fut abattu pendant la bataille de Beaune-la-Rolande, dans le Loiret, le vingt huit novembre 1870, à l’âge de vingt neuf ans.

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Vue de village, 1868.
Huile/toile, 130 x 89 cm.

De ces sept années de la vie parisienne de l’artiste, il ne subsiste que des souvenirs, ainsi que quarante cinq tableaux exécutés en Normandie, en Ile de France, ou dans son Languedoc natal, et auxquels s’ajoutent des dessins conservés aujourd’hui en grande partie par le Musée du Louvre.

Trop longtemps oublié, Bazille aurait dû représenter une place plus prépondérante dans l’histoire de l’Impressionnisme, s’il n’était pas mort à vingt neuf ans, sans avoir pleinement partagé les retentissants succès que ce mouvement pictural connut après 1890.

Il faut retenir aujourd’hui que sa peinture faite d’une vision très personnelle, demeure authentique, comme il le disait dans une lettre à ses parents : « J’espère bien, si je fais jamais quelque chose, avoir le mérite de ne copier personne. »

L’un de ses derniers tableaux intitulé « Les bords du Lez », exécuté quelques mois avant sa mort, témoigne du chemin artistique qu’il avait parcouru en quelques années. Car, de sa première manière sombre, rien ne subsiste dans cette toile où tout est lumière, et sensibilité paysagiste dénuée d’une quelconque présence humaine. Il n’est pas audacieux d’avancer aujourd’hui que cette peinture de 1870 présageait déjà les Montagnes Sainte-Victoire de Cézanne exécutées vingt ans plus tard, ou même certaines toiles de Monet de la fin du 19ème siècle.

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Bords du Lez, 1870.
138 x 202 cm.

Une visite s’impose aujourd’hui au Musée Fabre de Montpellier qui détient avec le Musée d’Orsay quelques unes des plus belles compositions de celui qui avait dit au Général d’Armagnac lors de la guerre avec les Prussiens : « Pour moi, je suis sûr de n’être pas tué, j’ai trop de choses à faire dans la vie ».

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Alain VERMONT

 


12:22 Écrit par L'Art Pluriel dans 4 -- PEINTURE : EVOLUTION DES ARTISTES | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook |

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